Montréal compte plus de 15 000 annonces actives sur Airbnb — et c’est un problème. Des appartements entiers retirés du marché locatif pour être convertis en hébergement touristique, des voisins qui subissent le défilé de touristes bruyants, des quartiers résidentiels transformés en zones hôtelières informelles. Dans un contexte de crise du logement, chaque logement qui devient un Airbnb est un logement de moins disponible pour un Québécois qui cherche à se loger.
La réglementation existe — la loi sur l’hébergement touristique exige un numéro d’enregistrement auprès de la CITQ (Corporation de l’industrie touristique du Québec) — mais l’application est notoirement laxiste. Des milliers d’annonces opèrent sans permis, dans l’illégalité la plus totale, et les amendes sont rares. Comme on le rapportait dans Le coliving débarque à Montréal : colocation 2.0 ou arnaque immobilière ?, Airbnb est devenu un symbole des tensions entre tourisme et habitabilité.
L’impact sur le marché locatif
Une étude de l’Université McGill a estimé qu’environ 5 000 logements à Montréal ont été retirés du marché locatif à long terme pour être exploités exclusivement sur des plateformes de location courte durée. Dans des quartiers comme le Plateau-Mont-Royal, le Mile End et le Village, la concentration d’Airbnb atteint des niveaux qui affectent visiblement la disponibilité et le prix des loyers.
Le calcul est simple pour un propriétaire : un 4½ qui se loue 1 400$ par mois sur le marché régulier peut générer 150-200$ par nuit sur Airbnb. Avec un taux d’occupation de 70%, c’est potentiellement 3 000-4 000$ par mois — deux à trois fois plus que le loyer traditionnel. Pour le propriétaire, c’est rationnel. Pour le marché locatif et les locataires, c’est catastrophique. Et comme le soulignait Rénover ta maison au Québec : les erreurs qui coûtent une fortune, la crise du logement à Montréal est alimentée par de multiples facteurs, dont celui-ci.
La réglementation québécoise
Depuis 2020, la loi québécoise exige que tout hébergement touristique soit enregistré auprès de la CITQ et affiche son numéro d’enregistrement. Airbnb et les autres plateformes sont tenues de ne publier que des annonces conformes. Les amendes pour exploitation illégale peuvent atteindre 50 000$ pour un individu et 100 000$ pour une entreprise.
En pratique, l’application est insuffisante. Le nombre d’inspecteurs est limité, les plateformes ne vérifient pas toujours rigoureusement les numéros d’enregistrement, et le processus de plainte est lourd. La Ville de Montréal a ajouté ses propres restrictions — interdiction de louer un logement entier dans certaines zones, obligation d’être le résidence principale du locateur — mais la surveillance reste un défi. Comme le mentionnait Griffintown : le quartier de Montréal qui a changé le plus vite, des réglementations sans application rigoureuse restent lettre morte.
Ce que font les autres villes
Barcelone a interdit les locations Airbnb dans son centre-ville. New York a imposé des restrictions sévères qui ont réduit le nombre d’annonces de 80%. Amsterdam limite les locations à 30 nuits par année. Paris impose un enregistrement strict et des amendes de 50 000 euros pour les contrevenants. Le Québec pourrait s’inspirer de ces modèles pour durcir son approche.
Le modèle japonais est intéressant : les propriétaires ne peuvent louer que 180 nuits par année maximum, doivent être enregistrés, et les plateformes sont légalement responsables de ne lister que des annonces conformes. C’est un compromis qui permet la location occasionnelle (une chambre libre pendant le Festival de jazz, un appartement pendant un voyage) sans permettre l’exploitation commerciale déguisée.
Le pour et le contre
Airbnb n’est pas tout noir. La plateforme génère des revenus touristiques importants, permet aux visiteurs de découvrir des quartiers hors des circuits hôteliers, et offre un revenu complémentaire aux propriétaires qui louent occasionnellement leur résidence. L’industrie hôtelière traditionnelle a aussi ses problèmes — prix excessifs, standardisation, concentration dans des zones limitées.
L’enjeu n’est pas d’interdire Airbnb — c’est de l’encadrer pour que l’hébergement touristique ne cannibalise pas le marché résidentiel. La location occasionnelle de sa propre résidence (pendant les vacances, par exemple) est fondamentalement différente de l’exploitation commerciale d’un ou plusieurs logements dédiés exclusivement à la location courte durée. C’est cette distinction que la réglementation doit clarifier et appliquer. Et comme le rappelait Violence armée à Montréal : où en est-on vraiment ?, le droit au logement doit primer sur le droit au profit. Le vol de vélos à Montréal a atteint un niveau ridicule offre aussi des perspectives complémentaires sur le sujet.
À lire aussi sur Lhebdo.ca
Sur le même sujet : Découvre aussi Renouvellement hypothécaire en 2026 : comment éviter le choc et Prix des maisons au Québec en 2026 : le marché est-il enfin accessible ?.