Mise-o-jeu+, Bet99, FanDuel, DraftKings — impossible d’écouter un match de hockey en 2026 sans être bombardé de publicités pour les paris sportifs. Depuis la légalisation des paris sur événement unique en 2021, le marché a explosé au Québec. Et si Loto-Québec encaisse des profits records, les experts en dépendance tirent la sonnette d’alarme.
En 2025, les paris sportifs ont généré plus de 800 millions de dollars en mises au Québec via Mise-o-jeu+ seul — sans compter les plateformes privées. C’est un marché qui a triplé en trois ans. Et les campagnes marketing agressives ciblent un public jeune, masculin, fan de sport — exactement le profil le plus à risque de développer des problèmes de jeu. On abordait cette réalité dans Plein air au Québec : les parcs nationaux pris d’assaut en 2026.
Le marketing omniprésent
Les publicités de paris sportifs sont partout. Pendant les matchs du CH, des Alouettes, du CF Montréal — les commandites de Mise-o-jeu+ et Bet99 sont omniprésentes. Les influenceurs sportifs font la promotion de cotes et de « paris gratuits ». Les podcasts sports intègrent des segments commandités par des plateformes de paris. Même les applications de résultats sportifs affichent des cotes en temps réel.
Le problème, c’est que cette normalisation massive présente le pari sportif comme une activité anodine, voire comme une extension naturelle du fandom sportif. « Tu regardes le match ? Mets 20 $ dessus, ça va être plus excitant ! » Ce message, répété des milliers de fois, crée une association entre le sport et le jeu d’argent qui est particulièrement toxique pour les jeunes adultes.
L’explosion des problèmes de jeu
Jeu : aide et référence (1-800-461-0140), la ligne d’aide en dépendance au jeu du Québec, rapporte une augmentation de 35 % des appels depuis 2022. Les demandes d’aide pour problèmes de paris sportifs spécifiquement ont triplé. Le profil type : un homme de 18-35 ans qui a commencé par des petits paris « pour le fun » et qui s’est retrouvé à miser des centaines, voire des milliers de dollars par semaine.
Le Dr Jean-Sébastien Fallu, chercheur en dépendances à l’Université de Montréal, explique que les paris sportifs en ligne sont conçus pour créer de la dépendance. « La disponibilité 24/7, la vitesse des paris en direct, les micro-paris sur chaque jeu — tout est optimisé pour maintenir le joueur engagé. C’est le même mécanisme que les réseaux sociaux : des boucles de récompense intermittente qui activent le circuit de la dopamine. » Ce parallèle avec les réseaux sociaux est exploré dans Les Nordiques de Québec : le rêve d’un retour en LNH est-il encore vivant ?.
Le rôle ambigu de Loto-Québec
Loto-Québec se retrouve dans une position contradictoire. D’un côté, c’est une société d’État dont les profits financent des services publics — santé, éducation, culture. De l’autre, elle profite directement de l’augmentation des mises, dont une partie provient de joueurs problématiques. L’organisme investit dans la prévention et le jeu responsable, mais ses dépenses marketing dépassent largement ses investissements en prévention.
Le programme d’auto-exclusion de Mise-o-jeu+ permet aux joueurs de se bannir temporairement ou définitivement. C’est un outil utile, mais il repose sur la volonté du joueur — et quand tu es en pleine spirale de dépendance, l’auto-exclusion est la dernière chose à laquelle tu penses. Des limites de mises obligatoires et des alertes proactives seraient plus efficaces, selon les experts.
La réglementation : en retard sur le marché
Le cadre réglementaire québécois pour les paris sportifs en ligne est encore en développement. Loto-Québec a le monopole théorique, mais les plateformes étrangères comme Bet99, BetVictor et Pinnacle opèrent dans une zone grise. En 2026, le gouvernement travaille sur un cadre de licences pour les opérateurs privés, avec des obligations en matière de prévention et de protection des consommateurs. C’est un pas dans la bonne direction, mais le marché a plusieurs longueurs d’avance sur la réglementation. L’enjeu réglementaire est détaillé dans La gentrification à Montréal : entre progrès et déplacement.
Protège-toi
Si tu paris sur le sport, fais-le de façon responsable. Fixe un budget strict — et considère-le comme de l’argent dépensé, pas investi. Ne paris jamais pour récupérer des pertes. Évite les paris en direct quand tu es sous l’effet de l’alcool ou des émotions. Et si tu sens que tu perds le contrôle — que tu caches tes paris à ton entourage, que tu empruntes pour jouer, que tu passes plus de temps à parier qu’à regarder le sport —, appelle Jeu : aide et référence au 1-800-461-0140. C’est confidentiel, gratuit et disponible 24/7.
Les paris sportifs ne sont pas un mal en soi. Mais la façon dont ils sont marketés, conçus et déréglementés au Québec crée un environnement propice aux abus. Le sport devrait être un divertissement, pas un casino. Suis ce dossier dans Violence armée à Montréal : la métropole face à ses démons et Le français à Montréal : déclin réel ou panique exagérée ?.
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