Les fusillades à Montréal ont fait les manchettes de façon récurrente ces dernières années. Des coups de feu en plein jour dans des quartiers résidentiels, des innocents touchés par des balles perdues, des règlements de comptes entre gangs de rue — la violence armée est devenue une préoccupation majeure pour les Montréalais. Mais au-delà des manchettes sensationnalistes, où en est-on vraiment en 2026 ?
Les statistiques du SPVM montrent une réalité nuancée. Après un pic de violence armée en 2021-2022, les chiffres ont amorcé une baisse. En 2025, Montréal a enregistré 144 événements de coups de feu, en baisse de 25 % par rapport au sommet de 2021. Les homicides par arme à feu ont aussi diminué. Mais on est encore au-dessus des niveaux pré-2020, et chaque fusillade reste une fusillade de trop. Comme on le suivait dans Disparitions inquiétantes au Québec : les familles qui attendent, la situation demande une vigilance continue.
Les causes profondes
La violence armée à Montréal est principalement liée au trafic de drogues et aux conflits territoriaux entre gangs de rue. La pandémie a exacerbé les tensions — le marché de la drogue s’est réorganisé, de nouveaux joueurs sont entrés en scène, et les conflits pour le contrôle des territoires se sont intensifiés. L’arrivée du fentanyl et des drogues synthétiques a aussi augmenté les enjeux financiers et les niveaux de violence.
L’accès aux armes à feu est un facteur clé. La majorité des armes utilisées dans les crimes à Montréal sont des armes de poing importées illégalement des États-Unis. Malgré le durcissement des lois fédérales sur les armes à feu (gel de la vente d’armes de poing en 2022), le flot d’armes américaines qui traversent la frontière reste un problème que ni Ottawa ni Québec n’arrivent à résoudre. L’analyse de ces facteurs est approfondie dans Le vol de vélos à Montréal a atteint un niveau ridicule.
Les quartiers les plus touchés
La violence armée n’est pas répartie uniformément sur le territoire. Les arrondissements de Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Saint-Léonard et le centre-ville concentrent la majorité des incidents. Ce sont aussi des quartiers marqués par des niveaux de pauvreté plus élevés, un taux de chômage des jeunes supérieur à la moyenne, et un accès limité aux services communautaires.
Le lien entre la marginalisation socioéconomique et la violence armée est bien documenté. Les jeunes qui n’ont pas d’emploi, pas de diplôme et pas de perspectives sont les plus vulnérables au recrutement par les gangs. La prévention commence par l’investissement dans ces communautés — pas par la répression policière seule.
Ce que fait le SPVM
Le SPVM a déployé plusieurs stratégies pour combattre la violence armée. L’escouade ECLIPSE (Équipe de lutte contre les incivilités, le proxénétisme et les scènes de violence) patrouille les secteurs chauds. Le programme Arrêt, une initiative de prévention auprès des jeunes à risque, offre du mentorat et des alternatives à la criminalité. Et les technologies de détection de coups de feu (ShotSpotter) sont déployées dans plusieurs quartiers pour accélérer les temps de réponse. L’efficacité de ces mesures est évaluée dans Les arnaques téléphoniques qui ciblent les aînés québécois.
La prévention communautaire
Les organismes communautaires jouent un rôle crucial. Des programmes comme Café-Graffiti à Montréal-Nord, le programme de médiation sociale d’Équipe RDP et les maisons de jeunes offrent des espaces sécuritaires et des alternatives concrètes aux jeunes. Ces organismes fonctionnent souvent avec des budgets insuffisants et une reconnaissance tardive de leur importance.
Le modèle Cure Violence, importé de Chicago et adapté à Montréal sous le nom Équipe de médiation urbaine, utilise d’anciens membres de gangs comme « interrupteurs de violence » — des personnes crédibles dans la rue qui interviennent pour désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Les résultats préliminaires sont prometteurs.
Le débat politique
La violence armée est devenue un enjeu électoral. La CAQ mise sur le durcissement des peines et l’augmentation des ressources policières. Le PQ propose de renforcer le contrôle des frontières pour bloquer l’importation d’armes illégales. QS met l’accent sur la prévention et l’investissement communautaire. Le PLQ propose un mélange des deux approches.
La réalité, c’est qu’aucune approche unique ne résoudra le problème. Il faut une combinaison de répression ciblée (contre les trafiquants d’armes et de drogue), de prévention (investissement dans les jeunes et les communautés vulnérables), et de politiques sociales (logement, emploi, éducation) pour s’attaquer aux causes profondes. Pour suivre ce dossier, Conduite dangereuse au Québec : pourquoi nos routes sont si mortelles et Procès médiatisés au Québec : la justice sous les projecteurs offrent des perspectives complémentaires.
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