Le Québec a les droits de scolarité les plus bas au Canada. C’est un fait dont on est collectivement fiers, héritage des luttes étudiantes et d’un choix de société en faveur de l’accessibilité. Mais même avec des frais réduits, la dette étudiante reste un fardeau considérable pour des milliers de diplômés québécois qui entrent sur le marché du travail avec des dizaines de milliers de dollars à rembourser.
Le coût réel des études
Les droits de scolarité ne sont qu’une fraction du coût total des études. Le logement, la nourriture, le transport, les manuels scolaires et le matériel constituent la majorité des dépenses. À Montréal, un étudiant qui vit en appartement dépense facilement 15 000$ à 20 000$ par année en frais de subsistance. Sur quatre ans de baccalauréat, ça fait un total qui dépasse souvent les 80 000$.
Le programme d’aide financière aux études (AFE) offre des prêts et bourses, mais les montants ne couvrent pas toujours la réalité du coût de la vie. La contribution parentale présumée — le montant que le gouvernement considère que les parents devraient fournir — ne reflète pas toujours la réalité. Beaucoup d’étudiants dont les parents ont des revenus moyens ne reçoivent ni aide suffisante du gouvernement, ni aide de leurs parents. L’indice du bonheur au Québec : sommes-nous vraiment heureux ? sur les enjeux économiques.
L’endettement par programme d’études
Tous les diplômes ne se valent pas en termes de retour sur investissement. Un diplômé en génie ou en informatique remboursera sa dette relativement vite avec un salaire d’entrée de 60 000$ à 80 000$. Mais un diplômé en arts, en sciences sociales ou en éducation, avec un salaire d’entrée parfois inférieur à 40 000$, peut traîner sa dette pendant des années.
Les programmes professionnels comme la médecine, le droit et la médecine dentaire sont un cas à part. Même au Québec, un étudiant en médecine peut sortir avec 80 000$ à 100 000$ de dettes après sa résidence. C’est une dette qui sera remboursée, certes, mais qui influence les choix de carrière : des résidents choisissent des spécialités plus payantes plutôt que la médecine familiale, accentuant la pénurie de médecins de famille. Le cannabis légal a 7 ans au Québec : quel bilan ?.
Le travail étudiant : nécessité ou piège?
Pour boucler les fins de mois, la majorité des étudiants québécois travaillent pendant leurs études. Certains cumulent 20, 25, voire 30 heures par semaine en plus de leurs cours. Les recherches montrent qu’au-delà de 15 heures par semaine, le travail a un impact négatif sur les résultats scolaires, la santé mentale et le taux de diplomation.
Les étudiants internationaux sont dans une situation encore plus précaire. Leurs droits de scolarité sont trois à cinq fois plus élevés que ceux des Québécois, et leurs restrictions de travail limitent leur capacité à gagner un revenu. Beaucoup s’endettent lourdement ou vivent dans des conditions précaires. C’est un enjeu qui touche aussi la réputation des universités québécoises à l’international. Pêche au Québec : entre surpêche, changements climatiques et avenir incertain.
La gratuité scolaire : un débat qui revient
Le mouvement pour la gratuité scolaire, porté par les associations étudiantes et certains partis politiques, reste vivant au Québec. Québec solidaire et d’autres formations de gauche en font un cheval de bataille. L’argument est que l’éducation est un investissement social qui profite à l’ensemble de la société et devrait être financé collectivement plutôt que par l’endettement individuel.
Les opposants soulignent le coût considérable de la gratuité totale et arguent que les frais actuels sont déjà parmi les plus bas au monde. Le débat transcende la simple question financière : c’est une question de valeurs et de vision de société. L’élection de 2026 remettra probablement ce sujet sur la table. Québec solidaire mise gros sur les jeunes et le logement pour octobre.
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