Les librairies indépendantes de Montréal résistent — et c’est beau

À l’ère d’Amazon et des liseuses numériques, les librairies indépendantes devraient être en voie d’extinction. Au Québec, c’est le contraire…
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À l’ère d’Amazon et des liseuses numériques, les librairies indépendantes devraient être en voie d’extinction. Au Québec, c’est le contraire qui se passe. Les ventes de livres en format papier ont augmenté en 2025 pour la cinquième année consécutive, et les librairies indépendantes montréalaises sont plus vivantes que jamais. Qu’est-ce qui explique cette résilience ?

Le Québec a une arme secrète : la Loi sur le livre. Adoptée en 1981, cette législation oblige les institutions publiques (bibliothèques, écoles, gouvernements) à acheter leurs livres en librairie agréée plutôt que chez des détaillants à rabais ou en ligne. Ça garantit un revenu de base aux librairies indépendantes et protège le réseau de distribution du livre au Québec. C’est une politique culturelle unique en Amérique du Nord, et elle fonctionne. Comme on le célébrait dans Festival Juste pour rire 2026 : les spectacles à ne pas manquer, le livre québécois se porte bien.

Les incontournables montréalaises

La Librairie Drawn & Quarterly dans le Mile-End est probablement la plus belle librairie de Montréal. Spécialisée en BD, romans graphiques et littérature indépendante, elle attire des lecteurs du monde entier. L’espace est lumineux, les recommandations du personnel sont impeccables, et les événements — lancements, rencontres d’auteurs, clubs de lecture — en font un véritable lieu de culture vivante.

La Librairie Le Port de tête sur l’avenue du Mont-Royal est le repaire des amateurs de littérature québécoise et francophone. Les tablettes débordent de découvertes, et le personnel connaît son inventaire comme sa poche. Demande une recommandation — tu repartiras avec un livre que tu n’aurais jamais trouvé sur Amazon. D’autres joyaux sont présentés dans Vivre avec des allergies alimentaires au Québec : les restos s’adaptent (enfin).

Les nouvelles venues qui bousculent

La scène des librairies montréalaises se renouvelle constamment. Librairie Racines, ouverte en 2020 dans le Vieux-Montréal, est la première librairie afrodescendante de la ville — un espace dédié aux auteurs noirs, autochtones et racisés qui comble un vide criant dans le paysage littéraire. Le succès est au rendez-vous : les files devant la boutique lors des lancements témoignent d’un besoin réel.

L’Euguélionne, librairie féministe dans le Plateau, propose une sélection pointue de littérature féministe, queer et engagée. Argo, dans le Mile-End, se spécialise dans les livres d’occasion et les éditions rares. Et Librairie Bonheur d’occasion, clin d’œil au roman de Gabrielle Roy, offre un mélange de nouveautés et de livres usagés dans une ambiance chaleureuse.

Plus que des magasins : des lieux de vie

Ce qui distingue les librairies indépendantes d’Amazon, ce n’est pas le prix — les livres coûtent le même prix partout au Québec grâce à la politique du prix unique recommandé. C’est l’expérience. Entrer dans une librairie indépendante, c’est entrer dans un espace curé avec soin par des passionnés. Les tables thématiques, les « coups de cœur du libraire », les recommandations manuscrites collées sur les tablettes — tout ça crée une relation avec le livre qu’aucun algorithme ne peut reproduire.

Les librairies sont aussi devenues des espaces communautaires. Des clubs de lecture, des ateliers d’écriture, des rencontres d’auteurs, des soirées poésie — ce sont des lieux de rencontre et de partage dans des quartiers qui en ont besoin. À une époque où les espaces publics non commerciaux se raréfient, les librairies jouent un rôle social essentiel. Cette fonction communautaire est abordée dans La ménopause, ce tabou que les Québécoises brisent enfin.

Les défis qui persistent

Tout n’est pas rose. Les loyers commerciaux à Montréal continuent d’augmenter, et certaines librairies peinent à boucler leur budget. La marge sur la vente de livres est mince — environ 40 % du prix de couverture pour le libraire, dont une partie est absorbée par les frais d’exploitation. Et la concurrence d’Amazon, même atténuée par la Loi sur le livre, reste une réalité.

La pénurie de main-d’œuvre touche aussi le secteur. Les salaires en librairie sont modestes — souvent proches du salaire minimum — et il est de plus en plus difficile de recruter du personnel qualifié et passionné. Les libraires sont des professionnels de la culture qui mériteraient une meilleure rémunération.

Comment les soutenir

Achète tes livres en librairie. C’est le geste le plus simple et le plus puissant. Si tu commandes en ligne, utilise leslibraires.ca — une plateforme en ligne collective qui redistribue les ventes aux librairies indépendantes québécoises. Offre des cartes-cadeaux de librairies plutôt que d’Amazon. Va aux événements, aux lancements, aux clubs de lecture. Et parle des livres que tu aimes — le bouche-à-oreille reste le meilleur marketing littéraire.

Les librairies indépendantes de Montréal sont un trésor culturel. Dans un monde de plus en plus homogénéisé et numérisé, ces espaces de découverte, de réflexion et de communauté sont plus précieux que jamais. Protégeons-les — en y mettant les pieds et en y laissant notre argent. Pour d’autres recommandations culturelles, Le Mile End, ce quartier qui refuse de choisir entre cool et authentique et La vague d’abandon d’animaux post-pandémie frappe fort au Québec regorgent d’idées.

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Rédaction