La randonnée pédestre est devenue le loisir numéro un des Québécois — la Sépaq rapporte des records de fréquentation année après année. Mais avec la popularité croissante vient aussi une augmentation des incidents. Des randonneurs perdus, blessés, parfois décédés dans les forêts québécoises. Et chaque incident révèle le même problème : beaucoup de gens sous-estiment les risques de la randonnée en milieu sauvage.
Les incidents qui ont marqué les esprits
Chaque année au Québec, des centaines d’opérations de recherche et sauvetage sont déclenchées pour des randonneurs perdus ou en détresse. La Sûreté du Québec et les équipes de recherche bénévoles comme l’Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage (AQBRS) sont mobilisées régulièrement, surtout pendant la saison estivale.
Les parcs nationaux du Québec — Mont-Tremblant, Jacques-Cartier, Grands-Jardins — voient leur part d’incidents. Mais ce sont souvent les sentiers moins balisés, en terre publique, qui présentent les plus grands risques. Les randonneurs s’aventurent hors des sentiers balisés, perdent leur chemin dans des forêts denses où le GPS du téléphone ne capte plus, et se retrouvent en situation de survie.
Pourquoi les gens se perdent
La cause numéro un est la surestimation de ses capacités et la sous-estimation du terrain. Le Québec n’a pas les Rocheuses ou les Alpes, mais ses forêts boréales sont vastes, denses et étonnamment faciles à se perdre dedans. Un randonneur qui quitte un sentier de 2 mètres pour aller aux toilettes peut se retrouver désorienté en quelques minutes si la forêt est épaisse.
La dépendance excessive au téléphone est un autre facteur. Beaucoup de randonneurs partent sans carte papier ni boussole, comptant entièrement sur Google Maps ou AllTrails. Problème : la couverture cellulaire est inexistante dans une grande partie du territoire québécois, et les apps de navigation consomment la batterie rapidement, surtout par temps froid.
La météo changeante est aussi un piège. Au Québec, la température peut chuter de 15°C en quelques heures en montagne. Un randonneur parti en t-shirt par une belle matinée de septembre peut se retrouver en hypothermie si une pluie froide arrive en après-midi et qu’il n’a pas de couches supplémentaires.
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Les 10 essentiels que tu dois TOUJOURS avoir
Les organisations de plein air du monde entier s’entendent sur une liste de 10 éléments essentiels pour toute randonnée, même une sortie d’une journée. C’est pas de la paranoïa — c’est du bon sens.
Premièrement, la navigation : une carte topographique du secteur ET une boussole, en plus de ton téléphone. L’app AllTrails permet de télécharger des cartes hors ligne, ce qui est essentiel. Deuxièmement, une lampe frontale avec piles de rechange — les retours dans le noir sont la cause de nombreux incidents. Troisièmement, un kit de premiers soins basique (pansements, ruban adhésif, ibuprofène, antihistaminique).
Quatrièmement, un moyen de faire du feu (allumettes imperméables, briquet). Cinquièmement, un couteau ou multitool. Sixièmement, un abri d’urgence — une couverture de survie (espace blanket) pèse 50g et peut te sauver la vie en cas d’hypothermie. Septièmement, de la nourriture supplémentaire — assez pour un repas de plus que prévu. Huitièmement, de l’eau et un moyen de purification (pastilles ou filtre portable).
Neuvièmement, des vêtements supplémentaires — une couche isolante et une couche imperméable, même si la météo annonce du soleil. Dixièmement, de la protection solaire (crème solaire, lunettes, chapeau).
La technologie qui sauve des vies
Les dispositifs de communication satellite ont révolutionné la sécurité en plein air. Le Garmin inReach et le SPOT permettent d’envoyer un SOS et ta position GPS par satellite, même sans couverture cellulaire. Le coût — environ 400$ pour l’appareil plus un abonnement mensuel de 15-50$ — est dérisoire comparé au prix d’une opération de sauvetage (qui peut coûter des dizaines de milliers de dollars).
Les iPhone 14 et plus récents intègrent une fonction SOS par satellite qui fonctionne au Canada. C’est un filet de sécurité gratuit, mais il a des limites : tu dois avoir une vue dégagée du ciel, et la communication est très lente (texto seulement, pas de voix).
Que faire si tu es perdu
La règle d’or : ARRÊTE-TOI. L’acronyme utilisé par les sauveteurs est STOP — Sit (assieds-toi), Think (réfléchis), Observe (observe), Plan (planifie). La pire chose que tu peux faire quand tu es perdu, c’est de continuer à marcher dans l’espoir de retrouver le sentier. Tu risques de t’éloigner encore plus et de rendre le sauvetage plus difficile.
Si tu as un moyen de communication, utilise-le immédiatement. Si tu n’en as pas, reste sur place, fais du bruit régulièrement (sifflet, cris), et rends-toi visible (vêtements de couleur vive, signaux au sol). Si c’est la nuit, allume un feu si tu peux le faire sécuritairement — c’est le signal de détresse le plus visible en forêt.
Au Québec, le numéro d’urgence en forêt est le 911. Si tu n’as pas de service cellulaire, les signaux d’urgence satellite sont ta meilleure option. Et rappelle-toi : les équipes de recherche au Québec sont compétentes et dévouées. Si quelqu’un sait que tu es parti en randonnée et que tu ne reviens pas à l’heure prévue, les secours seront déclenchés.
La randonnée au Québec est une activité magnifique qui devrait être accessible à tous. Mais la forêt mérite le respect. Prépare-toi adéquatement, informe quelqu’un de ton itinéraire et de ton heure de retour prévue, et apporte toujours plus que ce que tu penses avoir besoin. Les sentiers québécois t’attendent — assure-toi juste de pouvoir en revenir.