Il y a 15 ans, Griffintown c’était un terrain vague industriel entre le canal Lachine et le centre-ville. Des entrepôts abandonnés, des stationnements, et quelques rues désertes le soir. Aujourd’hui, c’est le quartier qui pousse le plus vite à Montréal — une forêt de tours à condos qui a surgi en un claquement de doigts, transformant radicalement le paysage urbain du sud-ouest de la ville.
L’explosion immobilière
Les chiffres donnent le vertige. Depuis 2010, plus de 10 000 unités de condos ont été construites à Griffintown. Des tours de 15, 20, 30 étages ont poussé sur des terrains qui abritaient autrefois des usines et des écuries. Le quartier est passé d’une population de quelques centaines de résidents à plus de 15 000 en l’espace d’une décennie.
Les promoteurs immobiliers comme Devimco, Prével et Rachel Julien ont transformé le quartier avec des projets résidentiels massifs. Le projet « Lowney » de Prével a été l’un des premiers à parier sur Griffintown quand personne n’y croyait. Aujourd’hui, les condos du quartier se vendent entre 350 000$ pour un studio et plus d’un million pour un penthouse avec vue sur le centre-ville.
Cette transformation a été aussi rapide que controversée. Les critiques reprochent à la Ville d’avoir laissé les promoteurs construire sans plan d’ensemble, résultant en un quartier sans école, sans parc significatif, et avec une infrastructure municipale qui peine à suivre. Les rues sont congestionnées, le stationnement est un cauchemar, et les services de proximité restent insuffisants pour la population qui y habite.
Où manger et boire à Griffintown
Malgré ses défauts urbanistiques, Griffintown a développé une scène gastronomique intéressante. Joe Beef sur Notre-Dame Ouest est devenu une destination culinaire de renommée internationale — le restaurant de David McMillan et Frédéric Morin attire les foodies du monde entier avec sa cuisine québécoise décomplexée et ses portions généreuses. Réserver une table est un exploit qui demande de la planification (ou de la chance).
À côté, Liverpool House, du même groupe, offre une expérience similaire avec un accent sur les fruits de mer. Le Vin Papillon, leur bar à vin naturel, est l’endroit parfait pour une soirée décontractée avec des assiettes à partager créatives.
Foxy sur Notre-Dame est un autre incontournable — un restaurant de quartier avec un foyer ouvert où les viandes et les légumes sont cuits au feu de bois. L’ambiance est chaleureuse et sans prétention, exactement ce dont Griffintown a besoin.
Pour le café, Tommy Café sur Notre-Dame Ouest est devenu le QG des résidents du quartier. L’espace lumineux et moderne est parfait pour travailler, et le latte est parmi les meilleurs en ville. Café Saint-Henri, torréfacteur local, a aussi un emplacement populaire dans le quartier.
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Le canal Lachine : le poumon du quartier
Si Griffintown a un atout majeur, c’est le canal Lachine. Cette voie navigable historique, autrefois artère industrielle de Montréal, est devenue un corridor récréatif spectaculaire. La piste cyclable qui longe le canal est l’une des plus belles de la ville — elle te connecte au Vieux-Port vers l’est et à Lachine vers l’ouest.
En été, le canal se remplit de kayakistes, de paddleboarders et de pédalos. H2O Adventures loue de l’équipement directement sur les berges. Les berges elles-mêmes sont devenues un lieu de promenade populaire, avec des bancs, des aires de pique-nique et des installations d’art public.
L’hiver, le canal gèle et les rêves d’une patinoire extérieure à la Ottawa reviennent périodiquement — mais les conditions de glace ne sont généralement pas assez stables pour le permettre. Cela dit, les berges restent un bel endroit pour une marche hivernale, avec les tours de condos illuminées qui se reflètent dans la glace.
Le patrimoine oublié
Griffintown a une histoire riche que le développement immobilier a largement effacée. Le quartier était le cœur de la communauté irlandaise de Montréal au 19e siècle. Des dizaines de milliers d’immigrants irlandais, fuyant la Grande Famine, se sont installés ici dans les années 1840-1850. Ils ont construit des églises, des écoles et des institutions communautaires dont il ne reste presque plus rien.
L’église Sainte-Anne, autrefois le cœur de la paroisse irlandaise, a été démolie en 1970. Le parc du même nom, sur la rue de la Montagne, est l’un des rares vestiges de cette époque. Des plaques commémoratives et quelques murales rappellent cette histoire, mais les efforts de préservation ont largement échoué face à la pression du développement.
Des organismes comme le Griffintown Heritage travaillent à documenter et préserver ce qui reste de l’histoire du quartier. Le Musée McCord-Stewart possède aussi une collection importante de photos et d’artefacts relatifs à l’histoire de Griffintown.
Vivre à Griffintown : le verdict
Griffintown divise les Montréalais. Ses partisans adorent la proximité du centre-ville, les condos modernes, la vie le long du canal, et l’énergie d’un quartier en pleine construction. Ses détracteurs dénoncent un urbanisme sans âme, une densité excessive sans les services publics correspondants, et la perte d’un quartier historique au profit de tours de verre.
La réalité est quelque part entre les deux. Griffintown est un quartier encore en devenir. Il manque de maturité — les arbres sont encore petits, les commerces de proximité tardent à s’installer, et la communauté n’a pas encore trouvé son identité. Mais pour les jeunes professionnels qui veulent vivre près du centre-ville dans un condo neuf à un prix (relativement) accessible, c’est une option qui a du sens.
Le vrai test de Griffintown sera dans 10 ans. Quand les arbres auront poussé, quand les commerces de quartier se seront installés, quand une vraie communauté se sera formée — c’est là qu’on saura si le pari urbanistique a fonctionné ou si Griffintown restera un quartier-dortoir de luxe sans véritable âme.