Ça revient comme les tulipes au printemps : les rumeurs d’une expansion de la NBA à Montréal. Chaque fois que le commissaire Adam Silver mentionne le mot « expansion », les yeux des fans de basketball montréalais s’illuminent. Et cette fois-ci, les signes sont plus concrets que jamais. Mais est-ce que Montréal a vraiment ce qu’il faut pour accueillir une franchise NBA ?
L’état des rumeurs
La NBA n’a pas ajouté de nouvelle franchise depuis 2004 (les Charlotte Bobcats, maintenant Hornets). Mais les discussions sur une expansion à 32 équipes sont devenues de plus en plus sérieuses. Les villes les plus souvent mentionnées : Las Vegas, Seattle, Mexico City… et Montréal.
Le groupe montréalais derrière la candidature est mené par des investisseurs d’envergure qui ont les moyens de payer le droit de franchise estimé entre 3 et 5 milliards de dollars américains. Le Centre Bell, propriété du Groupe CH (Canadiens de Montréal), est le lieu naturel pour accueillir une franchise. Avec ses 21 302 places et ses installations de classe mondiale, il ne nécessiterait que des modifications mineures pour accueillir du basketball NBA.
La participation de Montréal à la NBA G League (la ligue de développement) a été évoquée comme une première étape pour démontrer la viabilité du marché. D’autres villes, comme Mexico City, ont emprunté cette voie avec succès.
Le marché : plus gros qu’on pense
Le basketball est l’un des sports qui croît le plus rapidement au Canada et au Québec. La victoire des Raptors de Toronto en 2019 a galvanisé l’intérêt, et la présence de joueurs NBA d’origine montréalaise — comme Luguentz Dort (Oklahoma City Thunder) et Chris Boucher (anciennement des Raptors) — a ancré le sport dans la culture locale.
Montréal est le deuxième plus grand marché médiatique au Canada avec une région métropolitaine de plus de 4 millions d’habitants. C’est plus que beaucoup de villes qui ont déjà des franchises NBA (Memphis, Oklahoma City, New Orleans, Sacramento). Le pouvoir d’achat est là, et l’appétit pour le sport professionnel est prouvé — les Canadiens de Montréal remplissent le Centre Bell presque chaque soir depuis des décennies.
Le facteur culturel joue aussi en faveur de Montréal. Le basketball est particulièrement populaire dans les communautés immigrantes de la ville — haïtienne, africaine, caribéenne — qui représentent une base de fans naturelle et passionnée. Les ligues de basketball récréatives à Montréal-Nord, Saint-Michel et Rivière-des-Prairies sont parmi les plus actives au pays.
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Les obstacles
Le premier obstacle est financier. Le droit de franchise NBA est astronomique, et le retour sur investissement prendrait des années. Le taux de change canadien joue aussi contre Montréal — les revenus sont en dollars canadiens mais les salaires des joueurs sont en dollars américains. Les Raptors vivent avec cette réalité depuis leur création, mais ça reste un désavantage structurel.
Le deuxième obstacle est la compétition avec les autres sports. Montréal est une ville de hockey d’abord et avant tout. Le CF Montréal (MLS) et les Alouettes (CFL) occupent aussi le paysage sportif. Est-ce que le marché peut absorber une quatrième franchise majeure sans cannibaliser les autres ?
Le troisième obstacle est logistique. La NBA joue 82 matchs de saison régulière plus les séries — ça fait beaucoup de dates au Centre Bell qui est déjà occupé par les Canadiens (41 matchs + séries), des concerts, et d’autres événements. Le partage du calendrier serait un casse-tête, même si d’autres marchés (LA, New York, Toronto) font coexister plusieurs franchises dans les mêmes arénas.
Le modèle Toronto : leçons à tirer
Les Raptors de Toronto sont la preuve qu’une franchise NBA canadienne peut fonctionner. Après des débuts difficiles dans les années 90 (salle vide, résultats médiocres, scepticisme des agents libres), les Raptors sont devenus l’une des franchises les plus lucratives de la ligue. Le championnat de 2019 a cimenté leur statut et prouvé que le marché canadien peut supporter du basketball de haut niveau.
Mais Toronto est aussi un avertissement. La franchise a mis plus de 20 ans avant de devenir vraiment compétitive. Les agents libres hésitaient à signer à Toronto à cause du climat, des impôts, et du manque de glamour perçu par rapport à Miami ou Los Angeles. Ces mêmes réticences s’appliqueraient à Montréal, avec en prime la barrière linguistique pour les joueurs américains.
Les alternatives au Centre Bell
Si le Centre Bell est trop occupé, d’autres scénarios sont envisageables. La construction d’une nouvelle aréna multifonctionnelle a été évoquée. Le secteur du bassin Peel, dans Griffintown, et le site de l’ancien hippodrome Blue Bonnets sont des emplacements potentiels qui offriraient l’espace nécessaire pour un complexe sportif moderne.
Une nouvelle aréna coûterait entre 500 millions et 1 milliard de dollars — un investissement massif qui nécessiterait probablement un partenariat public-privé. L’exemple du Climate Pledge Arena à Seattle (900M$ US, entièrement financé par le privé) montre que c’est faisable, mais les réalités fiscales québécoises sont différentes.
Verdict : ça va arriver ?
Si la NBA expand à 32 équipes — et la question est de plus en plus « quand » plutôt que « si » — Montréal a une candidature crédible. Le marché est là, le financement potentiel est là, et l’infrastructure existe ou peut être développée. Mais la ville est en compétition avec des marchés américains puissants, et la NBA privilégiera probablement Las Vegas et Seattle avant de regarder au nord de la frontière.
Le scénario le plus réaliste : Seattle et Las Vegas obtiennent les deux prochaines franchises, et Montréal se positionne pour une expansion subséquente ou pour un déménagement de franchise en difficulté. C’est pas glamour, mais c’est comme ça que les Raptors ont vu le jour en 1995.
En attendant, les fans de basketball montréalais font ce qu’ils font de mieux : ils regardent les matchs des Raptors en se disant « un jour, ce sera nous ». Et franchement, dans une ville qui a déjà accueilli les Jeux olympiques, une F1, un festival de jazz légendaire et la meilleure poutine au monde, une équipe NBA, c’est la suite logique.