Il est 22h un mardi soir. Tu viens de coucher les enfants, tu t’installes sur le divan pour relaxer, et ping — un courriel de ton boss. « As-tu vu le rapport? On en reparle demain matin à 7h. » Tu lis, tu stresses, tu commences à rédiger une réponse… et ta soirée est foutue. Cette hyperconnexion permanente — le sentiment d’être toujours « on call » — est devenue une des principales sources d’épuisement professionnel au Québec.
Le droit à la déconnexion, déjà légiféré en France depuis 2017 et en Ontario depuis 2022, fait son chemin au Québec. Des projets de loi sont sur la table, les syndicats poussent, et les entreprises progressistes l’adoptent volontairement. Mais entre la loi et la culture de travail, y’a un fossé qui ne se comble pas avec un article de loi. Comme on en discutait dans La mode seconde main explose à Montréal : les meilleures friperies, l’équilibre travail-vie personnelle est devenu un enjeu de santé publique.
Le portrait actuel : toujours branché
Selon un sondage de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) du Québec, 65% des travailleurs québécois consultent leurs courriels professionnels en dehors des heures de travail au moins une fois par jour. 30% le font systématiquement le soir. 20% répondent à des messages de travail le weekend. Et la moitié des répondants disent ressentir une pression implicite de le faire, même si leur employeur ne l’exige pas explicitement.
Le télétravail a aggravé le problème. Quand ton bureau est dans ton salon, la frontière entre travail et vie personnelle s’efface complètement. Tu termines un rapport à 18h, tu fais le souper, tu mets les enfants au lit, et tu te retrouves à « vérifier rapidement » tes courriels à 21h — ce qui se transforme en 45 minutes de travail non rémunéré. La CNESST documente une hausse des réclamations pour surcharge de travail liée au brouillage des frontières travail-vie personnelle. Et comme le soulignait Alicia Moffet : de Star Académie à empire numérique québécois, la législation peine à suivre les transformations du monde du travail.
Ce que font les autres
La France a été pionnière avec sa loi de 2017 qui oblige les entreprises de plus de 50 employés à négocier le droit à la déconnexion avec leurs employés. L’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Belgique ont suivi avec des versions plus ou moins contraignantes. L’Ontario a adopté sa propre loi en 2022, obligeant les employeurs de plus de 25 employés à établir une politique de déconnexion.
Au Québec, le gouvernement a lancé des consultations en 2025, mais aucune législation n’a encore été adoptée. La CAQ penche pour une approche volontaire — encourager les entreprises à adopter leurs propres politiques plutôt qu’imposer une loi. Les syndicats (CSN, FTQ, CSQ) demandent une loi avec des obligations claires et des sanctions. Le débat est en cours et sera probablement un enjeu de la campagne électorale de 2026.
Les entreprises qui montrent l’exemple
Certaines entreprises québécoises n’ont pas attendu la loi. Desjardins a mis en place une politique de déconnexion qui décourage les courriels entre 18h et 7h. Quelques firmes technologiques montréalaises bloquent l’accès aux serveurs de messagerie le soir et le weekend pour les employés non essentiels. Des PME instaurent des « vendredis sans courriels » ou des périodes de focus sans notifications.
Les résultats sont tangibles : moins de burnout, meilleure rétention, productivité accrue pendant les heures de travail. Quand les employés savent qu’ils ne seront pas dérangés le soir, ils sont plus concentrés et plus efficaces pendant la journée. C’est contre-intuitif pour les gestionnaires habitués à l’hyperproductivité, mais les données sont claires. Comme le notait Les apps de dating au Québec en 2026 : laquelle choisir ?, les entreprises qui misent sur le bien-être de leurs employés surperforment à long terme.
Comment te déconnecter toi-même
En attendant la loi, tu peux prendre les choses en main. Désactive les notifications de courriels professionnels sur ton téléphone après 18h. Si tu ne peux pas résister, utilise un deuxième téléphone dédié au travail que tu laisses dans un tiroir le soir. Discute ouvertement avec ton gestionnaire de tes attentes mutuelles en matière de disponibilité — beaucoup de la pression perçue n’est pas réellement exigée.
Et rappelle-toi : le courriel que tu reçois à 21h peut presque toujours attendre demain matin. Le monde ne s’écroulera pas si tu ne réponds pas immédiatement. Ton sommeil, ta santé mentale et ta relation avec tes proches valent plus que la satisfaction de ton boss de recevoir une réponse en 12 minutes. Comme le rappelait Éric Caire quitte la politique : retour sur la carrière du ministre numérique, poser des limites, c’est un acte de courage professionnel, pas de paresse. Itinérance à Montréal : la crise qu’on ne peut plus ignorer pour d’autres stratégies de bien-être.
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