Si tu marches sur la rue Sainte-Catherine, dans le Quartier latin ou autour de la station Berri-UQAM, tu vois l’itinérance. Tu la vois dans les campements de tentes sous les viaducs, dans les files d’attente devant la Mission Old Brewery, dans les visages fatigués des gens qui dorment dans les stations de métro. En 2026, la crise de l’itinérance à Montréal a atteint un niveau sans précédent — et les solutions tardent à venir.
Selon le dernier dénombrement de 2025, plus de 4 500 personnes étaient en situation d’itinérance visible dans la grande région de Montréal sur une nuit donnée. C’est une augmentation de 45 % par rapport au dénombrement précédent de 2022. Et ce chiffre ne compte pas les personnes en itinérance cachée — celles qui dorment chez des amis, dans des voitures, ou dans des logements temporaires. Les experts estiment le nombre réel à plus de 10 000 personnes. Comme on le documentait dans La ménopause, ce tabou que les Québécoises brisent enfin, les chiffres sont alarmants.
Les causes : un cocktail toxique
L’itinérance n’a pas une seule cause — c’est un cocktail de facteurs qui se renforcent mutuellement. La crise du logement est le facteur numéro un. Avec un taux d’inoccupation de 1,5 % à Montréal et des loyers qui ont augmenté de 30 % en cinq ans, de plus en plus de personnes se retrouvent à la rue simplement parce qu’elles ne trouvent pas de logement abordable.
La crise de santé mentale et la consommation de drogues sont aussi des facteurs majeurs. L’arrivée de drogues synthétiques de plus en plus puissantes — fentanyl, méthamphétamines — a exacerbé les problèmes de dépendance. Le système de santé mentale québécois, déjà sous-financé et en pénurie de personnel, n’arrive pas à répondre à la demande. Et la désinstitutionnalisation psychiatrique des années 1990, qui devait être accompagnée de services communautaires adéquats, n’a jamais reçu les ressources promises. On en discutait dans La vague d’abandon d’animaux post-pandémie frappe fort au Québec.
Les femmes et les familles : les nouveaux visages
L’itinérance n’est plus juste un phénomène masculin. Le nombre de femmes en situation d’itinérance a doublé en cinq ans. Beaucoup fuient des situations de violence conjugale et se retrouvent sans filet de sécurité. Les refuges pour femmes comme Auberge Madeleine et le YWCA sont pleins en permanence, avec des listes d’attente de plusieurs semaines.
Les familles avec enfants sont aussi de plus en plus touchées. Des parents monoparentaux qui perdent leur logement et qui doivent vivre en refuge avec leurs enfants — c’est une réalité qui existe à Montréal en 2026. Et les immigrants récents, coincés entre des délais de traitement de demandes d’asile et l’absence de permis de travail, forment une proportion croissante de la population itinérante.
Ce que fait Montréal
La Ville de Montréal a investi 280 millions de dollars sur cinq ans dans un plan de lutte contre l’itinérance. Le plan comprend la création de 1 000 nouveaux logements avec soutien communautaire, l’augmentation des places en refuge, et le déploiement d’équipes mobiles de santé mentale et de réduction des méfaits dans les quartiers les plus touchés.
Le modèle « Logement d’abord » — donner un logement stable aux personnes itinérantes avant de s’attaquer aux autres problèmes (dépendance, santé mentale, emploi) — gagne du terrain. Les études montrent que ce modèle est non seulement plus humain mais aussi moins coûteux que le système de refuges. Ça coûte environ 40 000 $ par année pour maintenir une personne en itinérance (urgences, police, services sociaux) versus 20 000 $ pour un logement avec soutien. L’approche est analysée dans L’indice du bonheur au Québec : sommes-nous vraiment heureux ?.
Les organismes en première ligne
Ce sont les organismes communautaires qui tiennent le fort. La Mission Old Brewery accueille 2 000 personnes par nuit. L’Accueil Bonneau sert 600 repas par jour. Résilience Montréal offre un refuge de jour sécuritaire dans le Quartier latin. Ces organismes fonctionnent avec des budgets serrés et des équipes épuisées, et ils ont besoin de soutien — bénévole et financier.
Le Dr Olivier Farmer, psychiatre de rue au CHUM, travaille directement avec les personnes itinérantes depuis 15 ans. « Ce qui manque le plus, c’est pas l’argent — c’est la volonté politique de traiter l’itinérance comme une urgence sanitaire plutôt que comme un enjeu de sécurité publique. Tant qu’on envoie la police plutôt que des travailleurs sociaux, on ne résoudra rien. »
Ce que tu peux faire
Parle à la personne plutôt que de détourner le regard. Un « bonjour » ou un « comment ça va » peut faire une différence immense dans la journée de quelqu’un qui est invisible aux yeux du monde. Donne directement aux organismes plutôt qu’aux personnes dans la rue si tu préfères — mais ne juge pas ceux qui choisissent de donner autrement.
Implique-toi bénévolement. Les refuges ont toujours besoin de bras pour servir les repas, trier les dons, ou simplement être présents. Et surtout, informe-toi et parle-en autour de toi. L’itinérance prospère dans l’indifférence. La combattre commence par la reconnaître. Pour rester informé, Le décrochage scolaire des garçons au Québec : une crise qu’on ignore trop suivent ces enjeux de près. Et pour agir concrètement dans ta communauté, Le PQ revient de nulle part : comment l’indépendance est redevenue cool te donnent des pistes.
À lire aussi sur Lhebdo.ca
Sur le même sujet : Découvre aussi La crise silencieuse : pourquoi les jeunes Québécois craquent et Le français recule au Québec : faut-il s’alarmer ?.