Le Bitcoin à plus de 100 000$, les NFT qui valent des millions, l’Ethereum qui promet de révolutionner la finance : le monde de la cryptomonnaie fascine et déroute en parts égales. Au Québec, des dizaines de milliers de personnes ont investi dans les cryptos, certaines y ont fait fortune, d’autres y ont tout perdu. Et l’électricité bon marché d’Hydro-Québec a attiré des fermes de minage qui soulèvent des questions énergétiques et environnementales.
Le Québec, paradis du minage?
L’électricité québécoise, produite presque entièrement par l’hydroelectricité, est parmi les moins chères en Amérique du Nord. C’est un avantage compétitif majeur pour le minage de cryptomonnaies, une activité extrêmement énergivore. Des entreprises de minage de partout dans le monde se sont installées au Québec, particulièrement dans des régions comme la Beauce et le Centre-du-Québec où l’électricité est abondante.
Hydro-Québec a d’abord accueilli ces clients avec enthousiasme avant de freiner quand la demande a explosé. Le minage de crypto consomme autant d’électricité que des villes entières, et cette énergie pourrait servir à des usages plus productifs : chauffage résidentiel, industrie manufacturiere, production d’hydrogène vert. Le débat sur l’allocation des surplus énergétiques du Québec est directement lié à nos choix énergétiques collectifs.
Les investisseurs québécois et la crypto
L’Autorité des marchés financiers (AMF) du Québec met régulièrement en garde les investisseurs contre les risques liés aux cryptomonnaies. Volatilité extrême, absence de réglementation, risque de piratage des plateformes d’échange, arnaques à répétition : la liste des dangers est longue. Et pourtant, l’attrait de gains rapides continue de séduire des Québécois de tous âges.
L’effondrement de FTX en 2022, qui a causé des pertes de milliards de dollars à travers le monde, a refroidi certains enthousiastes mais pas tous. Le Bitcoin a rebondi spectaculairement depuis, renforçant la conviction des adeptes que la crypto est l’avenir de la finance. La réalité, comme toujours, est plus nuancée.
La blockchain au-delà du Bitcoin
Au-delà de la spéculation, la technologie blockchain qui sous-tend les cryptomonnaies a des applications prometteuses. Des entreprises québécoises explorent son utilisation pour la traçabilité des aliments, la gestion des chaînes d’approvisionnement, les contrats intelligents et la gestion d’identité numérique. C’est un domaine où l’expertise technologique montréalaise pourrait se démarquer.
Le Mila et d’autres centres de recherche québécois travaillent sur les intersections entre intelligence artificielle et blockchain, des domaines où le Québec possède une expertise reconnue mondialement. La question n’est pas de savoir si la blockchain va jouer un rôle dans l’économie du futur, c’est plutôt de séparer les applications légitimes de la spéculation sauvage.
Réguler sans étouffer
Le Canada et le Québec ont adopté une approche relativement pragmatique de la réglementation des cryptomonnaies. Les plateformes d’échange doivent s’enregistrer auprès des régulateurs, les gains en capital sur les cryptos sont imposables, et les règles anti-blanchiment s’appliquent. C’est un cadre raisonnable, mais qui peine à suivre l’évolution rapide de l’écosystème crypto.
Pour les investisseurs québécois, le message reste le même : n’investis jamais plus que ce que tu es prêt à perdre complètement. La crypto n’est pas un substitut à un plan d’épargne-retraite. C’est un actif hautement spéculatif qui peut multiplier ou anéantir ta mise du jour au lendemain. La prudence n’est pas de l’hostilité envers l’innovation, c’est du gros bon sens.