Hydrogène vert au Québec : révolution énergétique ou mirage coûteux?

L’hydrogène vert est sur toutes les lèvres au Québec depuis que le gouvernement en a fait un pilier de sa…
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L’hydrogène vert est sur toutes les lèvres au Québec depuis que le gouvernement en a fait un pilier de sa stratégie énergétique. L’idée est séduisante : utiliser notre surplus d’hydroélectricité pour produire de l’hydrogène par électrolyse, un processus zéro carbone, et utiliser cet hydrogène pour décarboner les secteurs impossibles à électrifier — le transport lourd, l’industrie, le chauffage industriel. Le Québec, avec son électricité parmi les plus propres et les moins chères au monde, serait théoriquement l’endroit parfait pour devenir un leader mondial de l’hydrogène vert.

Mais entre la théorie et la réalité, y’a un gouffre. Les projets concrets peinent à se concrétiser, les coûts restent élevés, et le débat fait rage entre ceux qui voient l’hydrogène comme la solution miracle et ceux qui le considèrent comme une distraction coûteuse. Comme on l’analysait dans Les startups montréalaises qui pourraient devenir les prochaines licornes, les choix énergétiques du Québec auront des conséquences pour des décennies.

C’est quoi exactement, l’hydrogène vert?

L’hydrogène est l’élément le plus abondant de l’univers, mais sur Terre, il n’existe pas à l’état libre — il faut le produire. L’hydrogène « gris » (95% de la production mondiale) est fabriqué à partir de gaz naturel, un processus très polluant. L’hydrogène « vert » est produit par électrolyse de l’eau : tu passes un courant électrique dans l’eau, ça sépare l’hydrogène de l’oxygène. Si l’électricité est renouvelable — comme l’hydroélectricité québécoise — le processus est quasi zéro carbone.

Hydro-Québec a les atouts pour devenir un acteur majeur. L’électricité québécoise coûte environ 0,05$ le kWh pour les grands industriels — parmi les tarifs les plus bas au monde pour de l’énergie renouvelable. Le potentiel de surplus hydroélectrique (et éolien, en croissance rapide) est considérable. Et la demande mondiale pour l’hydrogène vert explose, portée par les engagements climatiques de l’Europe, du Japon et de la Corée du Sud.

Les projets concrets au Québec

Le projet le plus avancé est celui de TES Canada à Shawinigan, qui prévoit une usine de production d’hydrogène vert et de méthane synthétique d’envergure industrielle. L’investissement annoncé dépasse le milliard de dollars. Au Saguenay, le projet Energir/Air Liquide vise la production d’hydrogène vert pour décarboner l’industrie de l’aluminium — Rio Tinto est un partenaire clé.

À Bécancour, la société Hy2gen développe un projet d’ammoniac vert (fabriqué à partir d’hydrogène vert) destiné à l’exportation vers l’Europe. Et Hydro-Québec elle-même a lancé un programme de recherche sur l’hydrogène avec son centre de Varennes. Des projets plus modestes émergent aussi : des stations de ravitaillement en hydrogène pour les camions lourds le long de l’autoroute 20, des projets pilotes de chauffage à l’hydrogène dans des bâtiments institutionnels. Comme le mentionnait TikTok Shop débarque au Canada : comment ça va changer ta façon de magasiner, le gouvernement mise gros sur cette filière.

Les sceptiques ont aussi des arguments

Le problème principal de l’hydrogène vert, c’est son efficacité énergétique. Pour produire de l’hydrogène par électrolyse, tu perds environ 30% de l’énergie initiale. Ensuite, pour le comprimer, le transporter et l’utiliser, tu perds encore 20-30%. Au total, seulement 40-50% de l’énergie originale arrive à destination utile. Compare ça avec l’électrification directe (batterie) qui conserve 80-90% de l’énergie — c’est un écart significatif.

Les critiques argumentent que chaque kilowattheure d’hydroélectricité utilisé pour faire de l’hydrogène serait mieux utilisé pour électrifier directement — remplacer des fournaises au gaz par des thermopompes, électrifier des autobus, alimenter des usines. Avec la demande croissante en électricité (véhicules électriques, centres de données, croissance économique), le Québec n’a pas tant de surplus que ça. Comme le soulignait L’intelligence artificielle menace-t-elle les emplois au Québec, le choix entre hydrogène et électrification directe est un vrai dilemme stratégique.

Où l’hydrogène fait sens

Les experts s’entendent sur un point : l’hydrogène n’est pas la solution pour tout, mais c’est la solution pour certains secteurs spécifiques. Le transport lourd longue distance (camions qui font Montréal-Toronto tous les jours), l’aviation, le transport maritime, la production d’acier, la fabrication d’engrais — ces secteurs sont très difficiles à électrifier directement et l’hydrogène offre une alternative crédible.

Pour le transport urbain, le chauffage résidentiel et les voitures particulières, par contre, l’électrification directe est clairement supérieure. La voiture à hydrogène a perdu la bataille face aux véhicules à batterie — le réseau de recharge, le coût, l’efficacité énergétique favorisent tous la batterie. L’hydrogène trouve sa niche dans les applications où la densité énergétique et le temps de recharge rapide sont critiques.

L’enjeu géopolitique

L’hydrogène vert, c’est aussi un enjeu géopolitique. L’Europe veut se sevrer du gaz naturel russe et cherche désespérément des sources d’énergie propre. Le Québec, avec son hydroélectricité et son accès aux ports atlantiques, est bien positionné pour devenir un exportateur d’hydrogène ou d’ammoniac vert vers l’Europe. C’est une opportunité économique majeure — on parle de milliards en revenus d’exportation.

Mais le débat fait rage : devrait-on exporter notre énergie propre ou la garder pour notre propre transition? C’est la même question que pour l’exportation d’électricité vers les États-Unis — un débat qui anime le Québec depuis des décennies. La réponse dépend de la quantité de surplus disponible et de la capacité à développer de nouvelles sources de production (éolien, solaire) rapidement. Comme l’analysait Itinérance à Montréal : la crise qu’on ne peut plus ignorer, les choix énergétiques sont fondamentalement des choix de société. Et Québec solidaire mise gros sur les jeunes et le logement pour octobre offre d’autres perspectives sur le sujet.

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Rédaction