Pendant la pandémie, tout le monde voulait un chien ou un chat. Le télétravail, la solitude, l’envie de compagnie — les refuges se sont vidés et les éleveurs n’arrivaient plus à suivre la demande. Les prix des chiots ont atteint des sommets délirants : 3 000$ pour un labradoodle, 5 000$ pour un bouledogue français. C’était la belle époque de l’adoption animale. Mais la réalité a fini par rattraper les bonnes intentions.
Le retour de bâton
Avec le retour au bureau, l’inflation galopante et la fin de l’euphorie pandémique, les refuges québécois vivent une crise sans précédent. La SPCA de Montréal rapporte une hausse significative des abandons depuis 2023. Les raisons invoquées sont toujours les mêmes : « Je retourne au bureau et je peux pas le laisser seul », « Mon nouveau logement n’accepte pas les animaux », « Les frais vétérinaires sont trop chers ».
Le Berger Blanc, le refuge municipal de Montréal, fonctionne régulièrement à pleine capacité. Les refuges en région — Proanima à Boucherville, SPCA Laurentides-Labelle, Refuge Châteauguay — lancent des appels à l’aide sur les réseaux sociaux de plus en plus fréquemment.
Les chats sont particulièrement touchés. La saison des chatons, chaque printemps, submerge les refuges de petits félins. La stérilisation reste insuffisante malgré les campagnes de sensibilisation : on estime qu’il y a encore des centaines de milliers de chats errants au Québec, principalement en région.
Le coût réel d’un animal
Beaucoup de propriétaires d’animaux sont surpris par les coûts. Un chien coûte en moyenne 2 000-3 000$ par année en nourriture, soins vétérinaires, toilettage et assurance. Un chat, 1 200-1 800$. Et ça, c’est quand tout va bien. Une urgence vétérinaire — fracture, torsion d’estomac, maladie chronique — peut facilement coûter 3 000-10 000$.
L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec note que les coûts vétérinaires ont augmenté significativement ces dernières années. La pénurie de vétérinaires — particulièrement aigüe en région — fait aussi grimper les prix et allonger les délais pour obtenir un rendez-vous.
Sur le même sujet : Découvre aussi Racisme systémique au Québec : un débat qui refuse de mourir et La gentrification à Montréal : entre progrès et déplacement.
Les lois qui protègent (ou pas) les animaux
Le Québec a fait des progrès législatifs importants. La Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, adoptée en 2015, reconnaît les animaux comme des êtres doués de sensibilité — une première au Canada. Les amendes pour cruauté animale peuvent atteindre 250 000$ et les peines d’emprisonnement jusqu’à 18 mois.
Mais l’application reste inégale. Les inspecteurs du MAPAQ sont trop peu nombreux pour couvrir l’ensemble du territoire. Les usines à chiots — ces élevages industriels qui produisent des chiots dans des conditions inacceptables — existent encore malgré les réglementations. Et la vente d’animaux dans les animaleries, bien qu’encadrée, continue de poser des problèmes de bien-être.
Comment aider
Si tu envisages d’adopter un animal, la meilleure chose que tu puisses faire est de te poser honnêtement les bonnes questions. As-tu le budget (incluant les imprévus) ? As-tu le temps ? Ton logement le permet-il ? Es-tu prêt pour un engagement de 10-15 ans ? Si la réponse est oui à tout ça, adopte en refuge plutôt qu’en animalerie ou chez un éleveur.
Si tu ne peux pas adopter, tu peux aider autrement. Les refuges ont constamment besoin de bénévoles pour la promenade des chiens, la socialisation des chats, et le transport des animaux vers les cliniques vétérinaires. Les dons financiers et matériels (nourriture, couvertures, jouets) sont toujours bienvenus. Et le simple fait de partager les publications de refuges sur les réseaux sociaux peut aider un animal à trouver sa famille.
Les animaux ne sont pas des accessoires qu’on acquiert quand c’est pratique et qu’on retourne quand ça l’est moins. Ils méritent mieux que ça. Et le Québec, qui se targue d’être une société progressiste, mérite mieux que des refuges débordants et des animaux abandonnés sur le bord de la route.