Tu te souviens quand Facebook a changé son nom pour Meta et que tout le monde s’est mis à parler du « métavers » comme si c’était la prochaine révolution ? On nous promettait des réunions de bureau en réalité virtuelle, des concerts immersifs, et une deuxième vie numérique où on achèterait des terrains virtuels avec de la vraie crypto. Spoiler : ça s’est pas exactement passé comme prévu.
Ce qui est arrivé au métavers
Le métavers, tel que vendu par Mark Zuckerberg en 2021, n’a jamais décollé. Les mondes virtuels comme Horizon Worlds de Meta ressemblaient à des jeux Wii de 2006. Les entreprises qui avaient acheté des « terrains » dans Decentraland ou The Sandbox ont vu leurs investissements fondre comme neige au printemps. Et les casques de réalité virtuelle sont restés dans le fond des tiroirs après l’excitation initiale.
Meta a brûlé plus de 40 milliards de dollars dans sa division Reality Labs entre 2020 et 2025, avec des résultats qui ont déçu même les plus optimistes. Le métavers « corporate » — les réunions en VR, les bureaux virtuels — s’est heurté à une réalité simple : personne ne veut porter un casque de 500g sur la tête pendant 8 heures pour une réunion Zoom avec des avatars sans jambes.
La renaissance via la réalité mixte
Mais là où le métavers a échoué, la réalité mixte (MR) commence à trouver son public. La différence ? Au lieu de t’enfermer dans un monde 100% virtuel, la réalité mixte superpose des éléments numériques à ton environnement réel. Tu vois toujours le monde autour de toi, mais avec des couches d’information, d’interaction et de visualisation en plus.
L’Apple Vision Pro, lancé en 2024, a marqué un tournant malgré son prix prohibitif (4 999$ CA). Pas parce que c’est un succès commercial (les ventes sont modestes), mais parce qu’il a démontré ce que la réalité mixte peut être quand elle est bien exécutée. Les écrans flottants dans ton salon, la visualisation 3D de plans d’architecte à taille réelle, le visionnement de films sur un écran virtuel de la taille d’un cinéma IMAX — c’est impressionnant.
Le Meta Quest 3, à environ 650$ CA, offre une version plus accessible de la réalité mixte. Ce n’est pas au niveau de l’Apple Vision Pro, mais pour le prix d’un iPhone, tu obtiens un appareil qui fait de la VR et de la MR de façon convaincante.
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Les applications pratiques au Québec
Au-delà du gaming et du divertissement, la réalité mixte trouve des applications concrètes dans plusieurs secteurs québécois. En santé, des hôpitaux de Montréal utilisent la VR pour la gestion de la douleur chez les grands brûlés — le patient est immergé dans un environnement virtuel apaisant pendant les soins douloureux, réduisant significativement le besoin d’analgésiques.
En éducation, la Polytechnique Montréal et l’ÉTS utilisent la réalité virtuelle pour former des ingénieurs — les étudiants peuvent explorer des structures à l’échelle réelle, simuler des processus industriels, et pratiquer des procédures dangereuses dans un environnement sans risque.
Dans l’immobilier, les promoteurs québécois commencent à offrir des visites virtuelles immersives de projets en préconstruction. Au lieu de regarder des plans 2D, les acheteurs potentiels peuvent « marcher » dans leur futur condo à taille réelle. Des entreprises comme Matterport et des studios locaux offrent ces services à un coût de plus en plus accessible.
Le tourisme explore aussi les possibilités. Le Centre Phi à Montréal est devenu un leader mondial dans les expériences immersives et la réalité virtuelle artistique. Leurs installations attirent des visiteurs du monde entier et positionnent Montréal comme hub créatif dans le domaine de la XR (réalité étendue).
L’industrie québécoise de la XR
Le Québec possède un écosystème de réalité étendue plus développé qu’on pourrait le croire. L’héritage du jeu vidéo — Ubisoft, WB Games, Eidos — a créé un bassin de talents en graphisme 3D, en programmation et en design d’expérience qui se transfère naturellement vers la XR.
Des studios québécois comme Felix & Paul Studios sont reconnus mondialement pour leurs expériences VR cinématiques. Leur travail avec la NASA (documentaires VR tournés dans la Station spatiale internationale) et avec des artistes comme Cirque du Soleil a gagné des Emmy Awards et des prix dans les plus grands festivals de cinéma.
OVA, un autre studio montréalais, développe des expériences d’apprentissage en réalité virtuelle pour les entreprises et les institutions éducatives. Leur plateforme permet de créer des simulations de formation sans coder — un outil qui intéresse de plus en plus les grandes entreprises québécoises.
Ce qui s’en vient
Les prochaines années verront les lunettes de réalité mixte devenir plus légères, plus abordables et plus utiles. Quand un appareil de MR aura la taille et le poids d’une paire de Ray-Ban (les Ray-Ban Meta Stories sont un premier pas), l’adoption de masse deviendra possible. Google, Apple et Meta investissent des milliards dans cette direction.
Le métavers en tant que monde virtuel unique où tout le monde se retrouve ? C’est mort. Mais la réalité mixte en tant qu’interface entre le monde physique et le numérique ? Ça ne fait que commencer. Et le Québec, avec son expertise en gaming, en création et en IA, est bien positionné pour être un joueur important de cette nouvelle révolution.