Le vol de vélos à Montréal a atteint un niveau ridicule

Tu t’es déjà fait voler un vélo à Montréal ? Si la réponse est non, tu fais partie d’une minorité…
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Tu t’es déjà fait voler un vélo à Montréal ? Si la réponse est non, tu fais partie d’une minorité chanceuse. Le SPVM estime qu’environ 2 000 vélos sont déclarés volés chaque année dans la métropole — et le chiffre réel est probablement trois à quatre fois plus élevé, parce que la majorité des victimes ne prennent même pas la peine de porter plainte. À quoi bon, quand les chances de retrouver ton vélo sont proches de zéro ?

Un problème en pleine explosion

Avec la popularité croissante du vélo comme moyen de transport à Montréal — le nombre de cyclistes quotidiens a presque doublé depuis la pandémie — le vol de vélos est devenu un business organisé. On ne parle plus seulement d’ados opportunistes qui partent avec un vélo mal attaché. Il y a de véritables réseaux qui opèrent avec des outils professionnels, des camionnettes et des receleurs qui écoulent la marchandise en ligne.

Le SPVM a identifié des points chauds : les stations de métro, les campus universitaires (UdeM, McGill, Concordia), les rues commerciales du Plateau et du Mile End, et les parcs à vélos des immeubles résidentiels. Les sous-sols d’immeubles, qu’on pense sécuritaires, sont aussi ciblés — les voleurs n’ont qu’à suivre un résident pour accéder au garage.

Sur Facebook Marketplace et Kijiji, des vélos manifestement volés sont revendus quotidiennement. Des vélos de 2 000$ affichés à 200$ par des comptes sans historique — c’est pas exactement subtil. Des groupes Facebook comme « Vélos volés Montréal » publient régulièrement des avis de recherche, et parfois — rarement — les propriétaires retrouvent leur vélo en ligne et organisent des « opérations de récupération » dignes d’un film d’action.

Pourquoi c’est si facile de voler un vélo

La triste réalité, c’est que la majorité des vélos sont mal protégés. Le petit cadenas à câble que t’as acheté 15$ au Canadian Tire ? Un voleur avec une pince le coupe en 3 secondes. Même les cadenas en U (U-lock) de qualité moyenne peuvent être vaincus avec un levier ou une scie à disque portable en moins d’une minute.

L’autre problème, c’est l’infrastructure. Montréal manque cruellement de stationnements à vélos sécurisés. Les supports en U sur les trottoirs sont mieux que rien, mais ils laissent le vélo exposé aux intempéries et aux voleurs 24/7. Les quelques garages à vélos sécurisés qui existent — comme ceux de la STM dans certaines stations de métro — sont insuffisants pour la demande.

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Comment protéger ton vélo (pour vrai)

Règle numéro un : investis dans un bon cadenas. Le minimum acceptable, c’est un cadenas en U de marque reconnue comme Kryptonite (série New York ou Evolution) ou Abus (série Granit). Oui, ça coûte 80-150$. Oui, ça vaut le coup. La règle générale : investis 10-15% de la valeur de ton vélo dans le cadenas.

Règle numéro deux : attache le cadre ET la roue avant à un point fixe solide. La technique classique des voleurs est de ne prendre qu’une roue quand le cadre est bien attaché. Utilise un combo U-lock + câble : le U-lock sur le cadre et la roue arrière, le câble à travers la roue avant. C’est plus lourd à transporter, mais c’est efficace.

Règle numéro trois : enregistre ton vélo. Le projet 529 Garage, adopté par le SPVM, permet d’enregistrer ton vélo avec son numéro de série et des photos. Si ton vélo est retrouvé, la police peut te le retourner. Le service est gratuit et l’inscription prend 5 minutes.

Règle numéro quatre : ne laisse jamais ton vélo dehors la nuit. C’est entre 22h et 5h que la majorité des vols se produisent. Si tu n’as pas d’espace intérieur, explore les options de rangement vertical pour balcon ou les supports muraux pour appartement.

Les solutions technologiques

Les AirTags d’Apple et les SmartTags de Samsung ont changé la donne pour le repérage de vélos volés. Cachés dans le tube de selle, sous la selle, ou dans un réflecteur modifié, ces traceurs GPS permettent de suivre ton vélo en temps réel. Plusieurs Montréalais ont réussi à retrouver leur vélo grâce à cette technologie — parfois en guidant la police directement jusqu’à l’entrepôt du receleur.

Attention toutefois : ne va jamais confronter un voleur toi-même. Appelle le SPVM et laisse les professionnels gérer la situation. Des récupérations qui ont mal tourné ont fait les manchettes ces dernières années.

Ce que la Ville devrait faire

Montréal se veut une ville cyclable de calibre mondial, mais sa gestion du vol de vélos est loin du compte. Des villes comme Amsterdam, Copenhague et Portland ont investi massivement dans les stationnements sécurisés, les programmes d’enregistrement obligatoire et les patrouilles dédiées. Montréal a du rattrapage à faire.

La Ville de Montréal a bien lancé un projet pilote de cages à vélos sécurisées dans certains arrondissements, mais le déploiement est trop lent et trop limité. L’organisme Vélo Québec plaide pour un plan d’action municipal ambitieux qui inclurait : 10 000 places de stationnement sécurisé d’ici 2030, un registre municipal obligatoire, et des ressources policières dédiées au vol de vélos.

En attendant, les cyclistes montréalais font ce qu’ils ont toujours fait : ils s’adaptent. Ils roulent avec des vélos moins beaux pour attirer moins l’attention. Ils montent leur vélo dans leur appartement au 4e étage. Ils développent une paranoïa saine chaque fois qu’ils attachent leur vélo pour « juste 5 minutes ». Le vol de vélos, c’est le taxe invisible de la vie cycliste à Montréal — et il est temps qu’on s’y attaque sérieusement.

Rédaction

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