Transport en région : quand ne pas avoir de char veut dire ne pas avoir de vie

En région au Québec, pas de char, pas de liberté. C’est une réalité brutale mais exacte. Le transport en commun…
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En région au Québec, pas de char, pas de liberté. C’est une réalité brutale mais exacte. Le transport en commun hors des grands centres est pratiquement inexistant. Un adolescent qui veut aller au cégep, une personne âgée qui a un rendez-vous médical, un travailleur sans permis de conduire : tous sont dépendants de la bonne volonté de quelqu’un d’autre pour se déplacer. C’est un frein énorme à l’égalité des chances et au développement régional.

L’état des lieux

Le Québec est immense, et sa population est concentrée le long du corridor Montréal-Québec. En dehors de cette bande, les distances entre les villes sont considérables et la densité de population trop faible pour justifier un transport en commun traditionnel. Orléans Express, qui offrait des liaisons interrégionales en autobus, a réduit son offre à peau de chagrin au fil des années. Des lignes entières ont été abandonnées, laissant des communautés sans aucune option de transport collectif.

Le train n’est guère mieux. VIA Rail dessert le corridor Montréal-Québec avec une fréquence acceptable, mais les liaisons vers les régions sont rares, lentes et coûteuses. Prendre le train de Montréal à Gaspé (quand le service fonctionne, ce qui n’est pas toujours le cas à cause de l’état des infrastructures ferroviaires) prend plus de 17 heures. C’est plus rapide en voiture, et c’est là tout le problème.

L’impact sur les communautés

L’absence de transport collectif en région a des conséquences en cascade. Les jeunes quittent parce qu’ils ne peuvent pas se déplacer sans voiture. Les aînés perdent leur autonomie quand ils ne sont plus en état de conduire. Les immigrants installés en région se retrouvent isolés sans moyen de transport. Les entreprises peinent à recruter parce que les candidats potentiels n’ont pas de voiture pour se rendre au travail.

C’est un cercle vicieux : moins de transport attire moins de résidents, ce qui justifie moins d’investissement en transport, ce qui fait fuir encore plus de résidents. Des municipalités tentent de briser ce cycle avec des services de transport à la demande, des systèmes de covoiturage subventionnés et des navettes communautaires. Mais sans un engagement provincial sérieux, ces initiatives restent des béquilles. La question du développement régional au Québec passe directement par la mobilité.

Le REM et le biais métropolitain

Pendant que les régions n’ont même pas d’autobus, Montréal investit des milliards dans le REM, un réseau de métro léger automatisé. C’est un projet nécessaire pour la métropole, mais le contraste avec la situation en région est saisissant. Pour un résident de Rivière-du-Loup ou de Val-d’Or, voir des milliards couler vers Montréal alors que leur autobus local a été coupé, c’est difficile à avaler.

Le débat sur l’équité territoriale en matière de transport est politique et émotif. Les régions représentent moins de votes que la métropole, et les investissements suivent les électeurs. C’est une réalité démocratique qui désavantage structurellement les territoires à faible densité.

Des solutions adaptées au territoire

La solution pour les régions, c’est pas nécessairement un métro ou un tramway. C’est un transport adapté aux réalités locales. Les systèmes de transport à la demande, où les usagers réservent un trajet via une application et un minibus vient les chercher, fonctionnent bien dans des contextes de faible densité. L’électrification de ces véhicules les rendrait aussi plus écologiques et moins coûteux à opérer.

Le covoiturage organisé est une autre avenue. Des plateformes comme Amigo Express facilitent le partage de trajets entre les villes, mais le service est limité et dépendant de la bonne volonté des conducteurs. Un système de covoiturage subventionné par l’État, avec des incitatifs financiers pour les conducteurs et des garanties de sécurité pour les passagers, pourrait transformer la mobilité régionale à faible coût.

Rédaction