Les chiffres sont alarmants et pourtant, on en parle encore trop peu. Selon les dernières données de l’Institut national de santé publique du Québec, les consultations en santé mentale chez les 18-25 ans ont bondi de 45% depuis la pandémie. Les listes d’attente en psychologie s’étirent sur des mois, parfois plus d’un an dans certaines régions. Et derrière ces statistiques, il y a des milliers de jeunes Québécois qui souffrent en silence.
Un système de santé mentale à bout de souffle
Au Québec, le système public de santé mentale est débordé. Les CLSC, qui sont souvent la porte d’entrée vers les services psychologiques, fonctionnent avec des listes d’attente qui dépassent l’entendement. À Montréal, certains CLSC rapportent des délais de 12 à 18 mois pour une première consultation en psychologie. En région, c’est parfois pire — dans certains territoires du Bas-Saint-Laurent ou de l’Abitibi, l’accès à un psychologue est pratiquement inexistant dans le réseau public.
Le programme d’aide psychologique gratuit lancé par le gouvernement Legault, qui offrait des séances avec un psychologue pour les 18-25 ans, a été un pas dans la bonne direction. Mais la demande a tellement dépassé l’offre que le programme s’est retrouvé engorgé en quelques semaines. Le Ordre des psychologues du Québec tire la sonnette d’alarme : il n’y a tout simplement pas assez de professionnels pour répondre à la demande.
Le privé n’est pas une solution accessible pour tout le monde. Une séance de psychothérapie à Montréal coûte entre 120$ et 200$. Même avec une assurance collective — que beaucoup de jeunes travailleurs précaires n’ont pas — la couverture dépasse rarement 500$ à 1 000$ par année. Ça représente 5 à 8 séances, à peine de quoi effleurer la surface de problèmes complexes.
Les facteurs qui pèsent sur la génération Z
Pourquoi cette génération est-elle plus touchée ? Les experts pointent vers une combinaison de facteurs qui créent une tempête parfaite. D’abord, la pandémie de COVID-19 a frappé les jeunes adultes pendant des années formatrices cruciales. Ceux qui avaient 16-20 ans en 2020 ont perdu des expériences sociales irremplaçables — le bal de finissants, la première session au cégep, les premiers partys d’université, les premiers voyages entre amis.
Ensuite, il y a la pression économique. Le coût du logement à Montréal et dans les grandes villes québécoises a explosé. Un jeune qui commence sa carrière avec un salaire de 45 000$ et un loyer de 1 200$ par mois pour un petit studio se retrouve avec une marge financière qui frôle le néant. L’accession à la propriété, autrefois un objectif réaliste pour les jeunes professionnels, semble maintenant aussi atteignable que la lune.
Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle important, même si le sujet est plus nuancé qu’on le présente souvent. La comparaison sociale constante, le cyberharcèlement, et la surexposition aux nouvelles anxiogènes contribuent à un état de stress chronique. Mais les réseaux sont aussi un espace de solidarité et de sensibilisation. Des comptes Instagram québécois comme celui de Mouvement Santé Mentale Québec font un travail remarquable de déstigmatisation.
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Les ressources qui font la différence
Malgré les lacunes du système, des ressources existent et font un travail essentiel. Tel-Aide offre une ligne d’écoute 24/7 pour quiconque a besoin de parler. Interligne accompagne spécifiquement les personnes LGBTQ+ qui vivent de la détresse. Le programme Revivre propose des groupes d’entraide gratuits pour les personnes souffrant d’anxiété et de dépression.
À Montréal, des organismes communautaires comme le Centre de crise de Montréal offrent un soutien immédiat aux personnes en détresse. Les cégeps et universités ont aussi développé leurs services — l’Université de Montréal a considérablement augmenté son équipe de conseillers en santé mentale, et plusieurs cégeps offrent maintenant des consultations d’urgence sans rendez-vous.
Du côté des initiatives innovantes, la plateforme Mylenio propose des consultations en ligne avec des psychologues à des tarifs réduits. Thérapie en ligne connecte les patients avec des thérapeutes agréés partout au Québec, ce qui aide à combler le fossé entre les régions et les grands centres.
Ce que les experts recommandent
Les spécialistes en santé mentale s’entendent sur plusieurs points. D’abord, il faut former plus de psychologues et de psychothérapeutes. Les universités québécoises produisent environ 600 nouveaux psychologues par année, mais les départs à la retraite et l’augmentation de la demande créent un déficit chronique. L’Ordre des psychologues plaide pour un élargissement des programmes de formation et une meilleure reconnaissance des diplômes étrangers.
Ensuite, la prévention doit prendre une place centrale. Intégrer l’éducation à la santé mentale dès le primaire, offrir des programmes de gestion du stress au cégep, normaliser la thérapie comme on a normalisé l’activité physique — ce sont des investissements qui rapportent à long terme.
L’Association québécoise de prévention du suicide insiste aussi sur l’importance de la formation des « sentinelles » — des personnes dans les milieux de travail, scolaires et communautaires formées pour détecter les signes de détresse et orienter vers les bonnes ressources. Au Québec, plus de 30 000 sentinelles ont été formées, mais l’objectif est d’en former beaucoup plus.
Briser le silence, un pas à la fois
La bonne nouvelle dans tout ça ? La stigmatisation autour de la santé mentale recule graduellement. Les jeunes Québécois parlent plus ouvertement de leurs difficultés que les générations précédentes. Des personnalités publiques comme l’humoriste Louis-José Houde et la chanteuse Safia Nolin ont contribué à normaliser la conversation en partageant publiquement leurs propres parcours.
Mais le chemin est encore long. Le prochain gouvernement provincial, qui sera élu en octobre 2026, devra faire de la santé mentale une véritable priorité — pas juste dans les discours, mais dans les budgets. Les jeunes Québécois méritent mieux qu’une liste d’attente de 18 mois quand ils ont le courage de demander de l’aide.
Si toi ou quelqu’un que tu connais traverse une période difficile, n’hésite pas à appeler la ligne de crise 1-866-APPELLE (277-3553). Tu n’es pas seul(e), et demander de l’aide, c’est un signe de force, pas de faiblesse.