Relève agricole : ces jeunes Québécois qui rêvent de cultiver la terre sans pouvoir l’acheter

L’agriculture québécoise est à un tournant critique. L’âge moyen des producteurs agricoles dépasse 55 ans, des milliers de fermes n’ont…
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L’agriculture québécoise est à un tournant critique. L’âge moyen des producteurs agricoles dépasse 55 ans, des milliers de fermes n’ont pas de relève identifiée, et le prix des terres agricoles a explosé au point de rendre l’accès quasi impossible pour les jeunes qui rêvent de cultiver la terre. C’est un paradoxe énorme : on parle sans cesse de souveraineté alimentaire et d’alimentation locale, mais on laisse mourir les fermes faute de relève.

Le mur du prix des terres

En 2025, le prix moyen d’une terre agricole au Québec dépassait les 15 000$ l’hectare dans les régions les plus fertiles comme la Montérégie. C’est un bond de 300% en 15 ans. Pour un jeune qui veut démarrer une ferme maraîchère de 20 hectares, on parle d’un investissement initial de plusieurs centaines de milliers de dollars, sans compter l’équipement, les bâtiments et le fonds de roulement. La Financière agricole du Québec offre des programmes de financement, mais les critères sont stricts et les montants souvent insuffisants pour couvrir la réalité du marché.

La spéculation foncière aggrave le problème. Des investisseurs achètent des terres agricoles non pas pour cultiver, mais pour les garder en attendant un changement de zonage ou simplement pour spéculer sur la hausse des prix. La CPTAQ (Commission de protection du territoire agricole) tente de protéger les terres, mais les pressions sont fortes. Le français recule au Québec : faut-il s’alarmer ? pour plus de contexte économique.

Des modèles alternatifs qui émergent

Face à ces obstacles, une nouvelle génération d’agriculteurs invente des modèles différents. L’agriculture sur petites surfaces, popularisée par Jean-Martin Fortier et sa Ferme des Quatre-Temps à Hemmingford, prouve qu’on peut être rentable sur moins de deux hectares avec des méthodes intensives et biologiques. Des incubateurs agricoles, comme ceux soutenus par la UPA, permettent aux jeunes de tester leur projet avant d’investir massivement.

Le mouvement des fiducies foncières agricoles gagne aussi du terrain. L’idée est de retirer les terres du marché spéculatif pour les confier à des organismes qui les louent à long terme aux agriculteurs. Protec-Terre est un des pionniers au Québec dans ce domaine. C’est un modèle qui garantit l’accessibilité des terres pour les générations futures. Les librairies indépendantes de Montréal résistent — et c’est beau sur un thème lié.

Le transfert de ferme : un casse-tête familial et fiscal

Même quand la relève existe au sein de la famille, le transfert d’une ferme reste un processus compliqué. Les enjeux fiscaux sont considérables : l’exemption pour gains en capital sur les biens agricoles aide, mais elle ne couvre pas tout. Les frères et soeurs qui ne reprennent pas la ferme veulent souvent leur part de l’héritage, ce qui met une pression financière supplémentaire sur celui ou celle qui reprend l’exploitation.

Le MAPAQ a mis en place des services d’accompagnement au transfert, et des organismes comme le CRAAQ offrent de la formation et du mentorat. Mais le processus prend en moyenne de cinq à sept ans, et beaucoup de transferts échouent en cours de route à cause de conflits familiaux, de difficultés financières ou de l’épuisement des parties. C’est un enjeu qui va bien au-delà de l’agriculture : c’est l’avenir de nos régions qui est en jeu.

L’agriculture de niche : la voie d’avenir?

Les jeunes agriculteurs québécois qui réussissent misent souvent sur des créneaux spécialisés : myciculture, plantes médicinales, petits fruits, élevage de races patrimoniales, apiculture. Ces niches permettent une meilleure rentabilité sur de petites surfaces et répondent à une demande croissante des consommateurs pour des produits distinctifs et locaux. Les marchés publics de Montréal, comme le Marché Jean-Talon, sont des vitrines essentielles pour ces producteurs.

L’agrotourisme est une autre avenue prometteuse. Les fermes qui combinent production et expérience touristique — autocueillette, ateliers culinaires, hébergement à la ferme — diversifient leurs revenus et attirent une clientèle urbaine en quête d’authenticité. C’est un secteur en pleine croissance au Québec, porté par la tendance du tourisme local. Réseaux sociaux et santé mentale des jeunes : le Québec doit agir pour en savoir plus.

Un enjeu de souveraineté alimentaire

Derrière la question de la relève agricole, il y a un enjeu de sécurité nationale. Le Québec importe encore une part significative de sa nourriture. Si les fermes continuent de fermer faute de relève, notre dépendance aux importations va s’accentuer. Et dans un contexte de changements climatiques et de tensions géopolitiques, cette dépendance est un risque réel.

La relève agricole, c’est pas juste une question d’économie rurale. C’est une question de société, de santé publique, d’environnement et de souveraineté. Le Québec a les terres, le savoir-faire et les jeunes motivés. Ce qui manque, c’est une volonté politique assortie de moyens financiers concrets pour soutenir la prochaine génération de fermiers. L’immigration au Québec en 2026 : entre besoins économiques et intégration.

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Rédaction