Québec solidaire : un programme économique crédible ou utopique ?

Québec solidaire est le seul parti de gauche avec une représentation significative à l’Assemblée nationale. Mais à l’approche de l’élection…
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Québec solidaire est le seul parti de gauche avec une représentation significative à l’Assemblée nationale. Mais à l’approche de l’élection du 5 octobre 2026, une question revient constamment : est-ce que leur programme économique est réaliste ? Entre la gratuité du transport en commun, la nationalisation de certains secteurs et une fiscalité plus progressive, QS propose un Québec radicalement différent. On analyse.

Le parti, co-dirigé par Gabriel Nadeau-Dubois et Ruba Ghazal, revendique environ 15 % des intentions de vote — un plateau qu’il peine à dépasser depuis 2018. Le plafond de verre de QS est souvent attribué à la perception que son programme économique est irréaliste ou trop à gauche pour la majorité des Québécois. Mais cette perception est-elle fondée ? Comme on l’examinait dans Souveraineté du Québec en 2026 : le débat est-il mort ou juste endormi?, les nuances sont importantes.

La fiscalité : taxer les riches, pour vrai

QS propose une refonte majeure de la fiscalité québécoise. Au menu : nouveaux paliers d’imposition pour les revenus supérieurs à 100 000 $, impôt sur la fortune pour les patrimoines de plus de 1 million de dollars, et hausse de l’imposition des gains en capital. Le parti estime que ces mesures généreraient entre 8 et 12 milliards de dollars de revenus supplémentaires par année.

Les économistes sont divisés. Certains, comme Pierre Fortin de l’UQAM, soulignent que le Québec est déjà l’une des juridictions les plus taxées en Amérique du Nord et que des hausses supplémentaires pourraient provoquer un exode fiscal. D’autres, comme Julia Posca de l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socioéconomiques), argumentent que les inégalités de richesse au Québec justifient une redistribution plus agressive. Les données sont analysées dans Le français à Montréal : déclin réel ou panique exagérée ?.

Le transport en commun gratuit

C’est l’une des propositions les plus audacieuses et les plus populaires de QS. Rendre le transport en commun gratuit dans tout le Québec coûterait environ 1,5 milliard de dollars par année — le manque à gagner en vente de titres de transport. QS argue que ce coût serait compensé par les bénéfices économiques et environnementaux : réduction de la congestion routière, baisse des émissions de GES, et meilleure accessibilité pour les ménages à faible revenu.

L’expérience du Luxembourg, qui a rendu son transport en commun gratuit en 2020, est souvent citée en exemple. Les résultats sont mitigés : l’achalandage a augmenté, mais pas autant qu’espéré, et la mesure n’a pas significativement réduit l’utilisation de la voiture. Au Québec, où les distances sont beaucoup plus grandes et le transport en commun moins développé hors de Montréal, l’impact serait probablement encore plus limité. Ce débat rejoint La politique municipale à Montréal en 2026 : les dossiers chauds.

La transition écologique

QS place la transition écologique au cœur de son projet économique. Le parti propose un « Green New Deal québécois » qui comprendrait des investissements massifs dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments, le développement du transport électrique et la création de dizaines de milliers d’emplois verts. Le coût total est estimé à 30 milliards de dollars sur 10 ans.

C’est ambitieux, mais pas sans précédent. Le plan d’infrastructure vert de l’Union européenne et l’Inflation Reduction Act aux États-Unis sont des programmes comparables en échelle. La question est de savoir si le Québec a la capacité fiscale et administrative de mener un tel chantier. L’expertise québécoise en hydroélectricité et en intelligence artificielle sont des atouts, mais les défis logistiques sont réels.

Le logement social

QS propose la construction de 50 000 logements sociaux en cinq ans — un objectif similaire à celui du PQ. Le parti va plus loin en proposant un registre public des loyers, un contrôle des prix des loyers entre locataires (pas juste pour le locataire actuel), et la création d’un office national du logement. C’est la proposition la plus interventionniste sur le logement parmi les quatre partis principaux. Les enjeux du logement social sont détaillés dans Comment négocier ton salaire sans avoir l’air d’un personnage de Shark Tank.

Les critiques légitimes

Le programme de QS a des failles réelles. Le chiffrage de certaines mesures est optimiste. L’impact des hausses d’impôt sur la compétitivité économique du Québec est sous-estimé. Et la capacité du gouvernement à mettre en œuvre autant de réformes simultanément est douteuse — l’histoire montre que les gouvernements qui tentent de tout changer à la fois finissent par ne rien changer du tout.

Mais réduire QS à un parti « utopique » est aussi simpliste. Plusieurs de leurs propositions — salaire minimum à 18 $, assurance dentaire publique, congé parental amélioré — ont été adoptées en tout ou en partie par d’autres partis ou par le gouvernement fédéral. Ce qui était « radical » il y a cinq ans est parfois devenu le consensus d’aujourd’hui.

Le programme économique de QS mérite un débat sérieux plutôt que des caricatures. Que tu sois d’accord ou pas, les idées qu’ils mettent sur la table forcent les autres partis à se positionner — et c’est sain pour la démocratie. Pour suivre les programmes de tous les partis, Le PQ revient de nulle part : comment l’indépendance est redevenue cool compare les engagements.

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Rédaction