Le Québec a une longue tradition de luttes sociales. Du mouvement syndical ouvrier des années 1970 aux grèves étudiantes de 2012, en passant par les mobilisations pour l’environnement et les droits des femmes, la province a toujours été un terreau fertile pour l’action collective. En 2026, cette tradition est plus vivante que jamais, portée par des frustrations profondes et des enjeux qui touchent le quotidien de millions de personnes.
Le front commun syndical
Les grandes centrales syndicales québécoises, la CSN, la FTQ, la CSQ et l’APTS, représentent des centaines de milliers de travailleurs du secteur public. Les négociations collectives avec le gouvernement sont cycliques et souvent tumultueuses. Les infirmières, les enseignants, les éducatrices en garderie et les professionnels de la santé réclament de meilleures conditions de travail, des salaires compétitifs et une reconnaissance de leur contribution essentielle à la société.
La grève du secteur public de 2023-2024, la plus large depuis des décennies, a démontré que la colère des travailleurs était réelle et profonde. Les ententes signées après des mois de conflit ont apporté des améliorations, mais beaucoup estiment qu’elles restent insuffisantes face à l’inflation et à la dégradation des conditions de travail. Le prochain cycle de négociation est déjà en préparation.
Les nouveaux mouvements sociaux
Au-delà du syndicalisme traditionnel, de nouveaux mouvements sociaux émergent au Québec. Le mouvement pour le droit au logement, mené par des groupes comme le RCLALQ et des collectifs citoyens, organise des manifestations et des occupations pour dénoncer la crise du logement. Le mouvement pour la justice climatique, porté par des jeunes et des organisations environnementales, exige une transition écologique rapide et juste.
Ces mouvements se distinguent par leur utilisation des réseaux sociaux pour mobiliser, leur structure souvent décentralisée, et leur capacité à créer des alliances entre des causes différentes. Le lien entre justice sociale et justice climatique, par exemple, est un thème fédérateur qui rassemble des mouvements qui auraient pu rester cloisonnés. C’est une dynamique politique qui pourrait peser lourd lors de l’élection de 2026.
Le droit de grève : un outil menacé?
Le droit de grève est un pilier du mouvement ouvrier québécois. Mais les gouvernements successifs ont eu recours à des lois spéciales pour forcer le retour au travail, une pratique que les syndicats dénoncent comme une attaque contre le droit fondamental à la négociation collective. La Cour suprême du Canada a reconnu le droit de grève comme un droit constitutionnel, mais dans la pratique, les lois spéciales continuent d’être utilisées.
Le débat est délicat : quand les infirmières font la grève, ce sont les patients qui écopent. Quand les enseignants débraient, ce sont les enfants qui manquent l’école. Les services publics essentiels créent un dilemme moral pour les syndicats comme pour le gouvernement. Mais sans le droit de grève, les travailleurs perdent leur principal levier de négociation.
L’action citoyenne au quotidien
La mobilisation sociale au Québec ne se limite pas aux grandes manifestations et aux grèves. Elle se vit au quotidien dans les comités de citoyens, les conseils de quartier, les assemblées publiques et les campagnes de pétition. Des milliers de Québécois s’impliquent bénévolement dans leur communauté pour améliorer les services, défendre l’environnement, soutenir les plus vulnérables ou influencer les politiques publiques.
Cette culture de participation citoyenne est un atout précieux que le Québec partage avec les pays scandinaves et qui le distingue dans le contexte nord-américain. C’est un muscle démocratique qu’il faut continuer d’exercer, surtout dans une époque où le cynisme et le désengagement politique menacent la santé de nos institutions.