La gentrification à Montréal : entre progrès et déplacement

Un quartier qui change, pour le meilleur ou pour le pire? Le mot « gentrification » fait réagir tout le…
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Un quartier qui change, pour le meilleur ou pour le pire?

Le mot « gentrification » fait réagir tout le monde à Montréal. Pour certains, c’est synonyme de progrès — rues plus sécuritaires, nouveaux commerces, hausse de la valeur des propriétés. Pour d’autres, c’est un euphémisme pour l’expulsion progressive des communautés qui ont bâti ces quartiers. Qui a raison? Probablement les deux.

On a décidé de regarder le phénomène de près dans quatre quartiers montréalais qui vivent actuellement cette transformation, en donnant la parole autant aux anciens résidents qu’aux nouveaux arrivants.

Hochelaga-Maisonneuve : le cas d’étude

HoMa, comme l’appellent les locaux, est peut-être le meilleur exemple de gentrification accélérée à Montréal. Historiquement un quartier ouvrier francophone avec un taux de pauvreté élevé, Hochelaga est devenu la destination des jeunes professionnels et artistes qui trouvaient le Plateau trop cher.

Les signes sont partout : les cafés de troisième vague comme le Dispatch Coffee côtoient les tavernes d’antan. Les studios de yoga ont remplacé des dépanneurs. Les nouveaux condos poussent sur d’anciens terrains industriels le long de la rue Ontario.

Pour les locataires de longue date, l’impact est concret. Les augmentations de loyer sont systématiques à chaque changement de locataire, et les « rénovictions » — quand un propriétaire évince un locataire sous prétexte de rénovations majeures pour ensuite relouer beaucoup plus cher — sont devenues monnaie courante.

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Saint-Henri : la transformation complète

Saint-Henri a peut-être déjà traversé le gros de sa gentrification. Ce quartier du Sud-Ouest, marqué par son passé industriel et ses familles ouvrières, est aujourd’hui méconnaissable par endroits. La rue Notre-Dame Ouest est devenue un corridor gastronomique avec des restos comme Joe Beef, Liverpool House et Vin Mon Lapin, considérés parmi les meilleurs au Canada.

Le revers? Les familles qui vivaient dans Saint-Henri depuis des générations se retrouvent dans l’impossibilité de se loger. Le loyer moyen a pratiquement doublé en dix ans. Et l’identité du quartier — sa culture ouvrière, ses soupers de rue, son esprit communautaire — s’est diluée dans le processus.

Parc-Extension : la résistance

Parc-Extension offre un cas différent. Ce quartier ultra-diversifié — une des communautés les plus multiculturelles au Canada — fait face à une pression immobilière croissante, notamment liée au Campus MIL de l’Université de Montréal qui s’est installé juste à côté.

Mais contrairement à d’autres quartiers, Parc-Ex résiste. Les organismes communautaires comme le CAPE (Comité d’Action de Parc-Extension) se battent pour protéger les locataires vulnérables. Des coopératives d’habitation achètent des immeubles pour les soustraire à la spéculation. Et la communauté s’organise pour préserver son caractère distinct.

Que faire?

La gentrification est un phénomène complexe qui ne se résume pas à « bien » ou « mal ». Les quartiers ont besoin d’investissement et de renouveau. Mais ce renouveau ne devrait pas se faire au détriment des communautés existantes.

Des solutions existent : le registre des loyers (pour documenter les hausses abusives), les fiducies d’utilité sociale foncière (pour soustraire des logements au marché spéculatif), le zonage inclusif (qui oblige les promoteurs à inclure du logement abordable), et un financement accru pour le logement social.

Montréal a la chance d’être une ville encore relativement abordable comparée à Toronto ou Vancouver. Mais cette fenêtre se referme rapidement. Les décisions qu’on prend maintenant vont déterminer si Montréal reste une ville diverse et accessible, ou si elle devient une autre métropole où seuls les plus aisés peuvent vivre au centre.

Rédaction

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