Le fleuve Saint-Laurent, c’est l’artère vitale du Québec. C’est par là que les premiers colons sont arrivés, c’est autour de lui que nos villes se sont construites, et c’est grâce à lui que le commerce maritime fait vivre l’économie provinciale. Mais ce fleuve majestueux est aussi un écosystème fragile, menacé par la pollution, les changements climatiques et des décennies de négligence. On est en train de réaliser collectivement qu’on ne peut plus le prendre pour acquis.
L’état de santé du fleuve
La qualité de l’eau du Saint-Laurent s’est améliorée depuis les années 1970, quand des usines déversaient leurs déchets directement dans le courant. Les stations d’épuration des eaux usées ont fait une différence réelle. Mais des problèmes persistent. Montréal déverse encore des eaux usées non traitées dans le fleuve lors de fortes pluies, quand le système d’égouts déborde. En 2023, plus de 8 milliards de litres d’eaux usées ont été rejetés sans traitement dans le cours d’eau.
Les microplastiques sont un problème émergent que des chercheurs de l’Université McGill documentent avec inquiétude. Ces particules minuscules, issues de la dégradation des plastiques et du lavage des vêtements synthétiques, contaminent toute la chaîne alimentaire aquatique. Les poissons du fleuve en contiennent des quantités mesurables, et les implications pour la santé humaine sont encore mal comprises.
La navigation commerciale : un équilibre délicat
Le Saint-Laurent est une autoroute commerciale majeure. Le Port de Montréal est le deuxième plus grand port à conteneurs au Canada, et des centaines de navires cargo remontent le fleuve chaque année. Cette activité est vitale pour l’économie, mais elle a un coût environnemental. Le bruit sous-marin des navires perturbe les bélugas du Saint-Laurent, une population déjà menacée. Les vagues créées par les gros navires érodent les berges. Et le risque de déversement de pétrole ou de produits chimiques plane en permanence.
Le projet d’agrandissement du chenal de navigation entre Montréal et Québec souleve un débat entre développement économique et protection environnementale. Permettre le passage de navires plus gros augmenterait la compétitivité du port, mais au prix de perturbations écologiques supplémentaires. C’est un arbitrage que d’autres enjeux économiques québécois posent aussi en termes similaires.
Les bélugas : un symbole en péril
La population de bélugas du Saint-Laurent, estimée à moins de 900 individus, est en déclin depuis des décennies. La pollution, le bruit, les collisions avec les navires et la réduction de l’habitat contribuent tous à cette situation critique. Le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) surveille cette population depuis des années et tire la sonnette d’alarme.
Le béluga du Saint-Laurent est devenu un symbole de notre relation compliquée avec le fleuve. On l’aime, on le célèbre, mais on continue à dégrader son habitat par nos activités économiques. Si cette population s’éteint, ce sera un échec collectif qui dira beaucoup sur nos priorités comme société.
Redonner le fleuve aux citoyens
Un des projets les plus excitants autour du fleuve, c’est le mouvement pour en redonner l’accès aux citoyens. À Montréal, les berges sont souvent inaccessibles, bloquées par des infrastructures portuaires, des autoroutes ou des terrains privés. Le projet de la Promenade riveraine dans l’est de Montréal et la réhabilitation des berges de Lachine et de Verdun sont des pas dans la bonne direction.
À Québec, la Promenade Samuel-De Champlain est un exemple réussi de réappropriation citoyenne du fleuve. Cet aménagement linéaire de 2,5 kilomètres offre un accès direct au Saint-Laurent pour la marche, le vélo et la contemplation. C’est le genre de projet qui transforme la relation d’une ville avec son cours d’eau et qui améliore concrètement la qualité de vie urbaine.
L’avenir du fleuve est entre nos mains
Le Saint-Laurent va continuer à couler, quoi qu’on fasse. La question, c’est dans quel état on le lègue aux prochaines générations. Un fleuve vivant, où les bélugas nagent, où les citoyens se baignent, où la pêche est sécuritaire? Ou un fleuve diminué, pollué, inaccessible? Le choix n’est pas fait, et il dépend des décisions politiques et individuelles qu’on prend maintenant.