Entrepreneurs immigrants au Québec : partir de zéro dans un système qui ne te connaît pas

Ouvrir un commerce quand tu viens d’arriver au Québec, c’est un acte de courage immense. Tu connais pas nécessairement le…
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Ouvrir un commerce quand tu viens d’arriver au Québec, c’est un acte de courage immense. Tu connais pas nécessairement le marché, le système fiscal te semble un labyrinthe, et les banques te regardent de travers quand tu demandes du financement sans historique de crédit canadien. Pourtant, des milliers d’immigrants se lancent chaque année en affaires au Québec, et leurs entreprises enrichissent le tissu économique et culturel de la province.

L’obstacle du crédit et du financement

Le premier mur que frappe un entrepreneur immigrant, c’est le financement. Sans historique de crédit canadien, obtenir un prêt bancaire est quasi impossible. Les institutions financières exigent un dossier de crédit d’au moins deux ans, parfois plus. Même Desjardins, ancré dans les communautés, reste conservateur dans ses critères d’attribution. L’expérience professionnelle acquise à l’étranger est rarement reconnue comme garantie de compétence.

Des organismes comme le Fonds d’emprunt Québec et le Microcrédit Montréal offrent du financement adapté aux entrepreneurs immigrants, avec des critères plus souples et un accompagnement personnalisé. C’est une bouffe d’air frais, mais les montants disponibles restent modestes face aux besoins réels d’un démarrage d’entreprise.

La non-reconnaissance des compétences

Un ingenieur marocain, une comptable colombienne, un médecin congolais : des milliers de professionnels immigrants arrivent au Québec avec des compétences et de l’expérience, pour se faire dire que leurs diplômes ne sont pas reconnus. Beaucoup se tournent vers l’entrepreneuriat par défaut, parce que le marché de l’emploi leur ferme ses portes. C’est une perte collective quand un chirurgien qualifié finit par ouvrir un dépanneur parce que le système refuse de valider ses compétences.

L’entrepreneuriat par nécessité n’est pas la même chose que l’entrepreneuriat par choix. Les taux de succès sont différents, la satisfaction aussi. Le Québec gagnerait à accélérer la reconnaissance des compétences étrangères pour que ceux qui choisissent l’entrepreneuriat le fassent par passion, pas par désespoir. C’est un enjeu que d’autres aspects de l’immigration au Québec mettent aussi en relief.

Les succès qui inspirent

Malgré les obstacles, les histoires de réussite sont nombreuses et inspirantes. La scène gastronomique montréalaise doit une part énorme de sa richesse aux entrepreneurs immigrants. Des restaurants libanais, haïtiens, vietnamiens, éthiopiens et mexicains font la réputation culinaire de la métropole. Des entreprises technologiques fondées par des immigrants contribuent à l’écosystème d’innovation montréalais.

Le quartier Parc-Extension est un exemple vivant de cette vitalité entrepreneuriale. Les commerces sud-asiatiques, les épiceries maghrébines et les restaurants grecs y créent un dynamisme commercial qui contraste avec les quartiers mono-culturels. C’est une économie de proximité qui crée des emplois, des liens sociaux et une identité de quartier unique.

Ce qui aiderait concrètement

Pour soutenir l’entrepreneuriat immigrant, le Québec pourrait s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs. Un programme de mentorat jumellant des entrepreneurs établis avec des nouveaux arrivants, des microprêts à taux préférentiels, une simplification des démarches administratives en plusieurs langues, et des espaces de coworking à coût réduit dans les quartiers d’immigration seraient des mesures concrètes et réalisables.

Le YES Montreal et la SAJE font déjà un travail remarquable d’accompagnement, mais ils ne peuvent pas tout faire seuls. L’entrepreneuriat immigrant, c’est pas de la charité, c’est un investissement. Chaque entreprise créée génère des emplois, des taxes et de la richesse. Le retour sur investissement est clair pour qui prend la peine de calculer.

Rédaction