Le bilan de la CAQ : ce qui a marché, ce qui a planté

À quelques mois de l’élection du 5 octobre, c’est l’heure du bilan pour la Coalition Avenir Québec. Depuis sa réélection…
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À quelques mois de l’élection du 5 octobre, c’est l’heure du bilan pour la Coalition Avenir Québec. Depuis sa réélection en 2022 avec une majorité écrasante de 90 sièges sur 125, le gouvernement de François Legault a traversé des hauts et des bas qui vont définir la campagne à venir. Regardons les faits, sans lunettes partisanes.

Ce qui a fonctionné

Sur le plan économique, le Québec s’en est relativement bien tiré. Le taux de chômage est resté historiquement bas, oscillant autour de 4-5%. La croissance du PIB a été modeste mais positive, et le Québec a attiré des investissements majeurs dans les secteurs de la batterie électrique et de l’intelligence artificielle, notamment avec l’annonce de plusieurs usines dans la grande région de Montréal et dans le Centre-du-Québec.

La politique de développement des filières vertes — batteries, hydrogène, minéraux critiques — a été saluée même par les oppositions. Le Québec se positionne comme un acteur important de la transition énergétique nord-américaine, grâce à son hydroélectricité abondante et bon marché. Hydro-Québec est devenue un avantage concurrentiel majeur dans un monde qui cherche désespérément de l’énergie propre.

Le programme de maternelles 4 ans, malgré les critiques sur sa mise en œuvre, a été déployé dans des centaines d’écoles à travers la province. Le réseau de places en garderie subventionnée a aussi progressé, même si l’objectif initial de combler la pénurie n’a pas été atteint.

Ce qui a moins bien fonctionné

Le système de santé reste le talon d’Achille du gouvernement. Malgré les promesses de réforme et les milliards investis, les urgences débordent toujours, les délais pour obtenir un médecin de famille restent inacceptables, et le personnel soignant est épuisé. La réforme Dubé — la création de Santé Québec, une agence centralisée de gestion — a été critiquée pour sa bureaucratie supplémentaire plutôt que pour des résultats tangibles sur le terrain.

La crise du logement s’est aggravée sous le mandat de la CAQ. Le taux d’inoccupation à Montréal et dans plusieurs villes du Québec est tombé sous la barre critique de 1%, et les loyers ont explosé. Les initiatives gouvernementales — accélération des permis de construction, programmes d’aide aux premiers acheteurs — n’ont pas suffi à renverser la tendance. Les groupes de locataires accusent le gouvernement d’avoir tardé à agir.

La gestion de l’immigration a été controversée. La réduction des seuils d’immigration permanente, combinée à une explosion des travailleurs temporaires, a créé une situation paradoxale : moins d’immigrants avec un statut stable, mais plus de personnes en situation précaire. Le système d’immigration temporaire a été critiqué de toutes parts — les employeurs le trouvent insuffisant, les travailleurs le trouvent abusif, et les municipalités peinent à gérer l’afflux.

Sur le même sujet : Découvre aussi Charles Milliard nouveau chef du PLQ : ce que ça change pour les libéraux et Élection provinciale d’octobre : les enjeux qui vont décider du vote.

Les dossiers chauds de la campagne

L’élection d’octobre va se jouer sur quelques enjeux clés. Le logement sera au sommet de la liste — c’est le sujet qui touche directement le plus grand nombre de Québécois, surtout les moins de 40 ans et les locataires des grandes villes.

Le coût de la vie est l’autre préoccupation majeure. L’inflation a ralenti depuis les pics de 2023, mais les prix des aliments, de l’essence et des assurances restent élevés. Le pouvoir d’achat des Québécois a diminué, et aucun parti n’a encore proposé de solution convaincante.

L’environnement et la crise climatique seront aussi au menu, surtout après un été marqué par des feux de forêt et des épisodes météo extrêmes. Le Québec se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et les conséquences — inondations, érosion côtière, vagues de chaleur — deviennent de plus en plus visibles.

La question identitaire et linguistique, toujours présente au Québec, prendra la forme du débat sur la Loi 96 (renforcement de la loi 101). L’Office québécois de la langue française rapporte une stabilisation de l’usage du français, mais les inquiétudes persistent, surtout à Montréal où l’anglais gagne du terrain dans certains secteurs.

Les adversaires de la CAQ

Le Parti québécois, donné pour mort après sa dégelée de 2022 (3 sièges), a connu une résurrection spectaculaire dans les sondages. Le nouveau chef a réussi à repositionner le parti comme une alternative crédible, surtout auprès des jeunes nationalistes déçus de la CAQ. Le thème de l’indépendance est revenu dans le débat public avec une vigueur inattendue.

Le Parti libéral du Québec tente de se reconstruire après des années dans le désert. Le parti mise sur sa base anglophone et allophone traditionnelle tout en essayant de reconquérir les francophones du centre. Son positionnement économique pro-croissance et son ouverture à l’immigration en font l’antithèse de la CAQ sur plusieurs enjeux.

Québec solidaire compte capitaliser sur la crise du logement et les enjeux environnementaux pour élargir sa base au-delà de ses bastions montréalais. Le défi : percer en région, où le parti est encore perçu comme trop urbain et trop à gauche.

Ce qu’il faut surveiller

Les sondages actuels montrent une course beaucoup plus serrée qu’en 2022. La CAQ, qui avait récolté 41% des voix, a perdu une partie importante de son appui. Le vote francophone, qui avait massivement convergé vers la CAQ, est maintenant divisé entre au moins trois partis, ce qui rend les prédictions particulièrement hasardeuses.

Le mode de scrutin uninominal à un tour du Québec signifie que la répartition géographique du vote compte autant que le pourcentage global. Un parti à 30% bien réparti peut gagner plus de sièges qu’un parti à 35% concentré dans quelques régions. C’est le paradoxe qui pourrait produire des résultats surprenants le soir du 5 octobre.

Une chose est certaine : cette élection sera l’une des plus disputées et des plus importantes des dernières décennies au Québec. Les enjeux — logement, santé, identité, économie — touchent directement la vie quotidienne des Québécois. Chaque vote comptera.

Rédaction

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