François Legault et la Coalition Avenir Québec sont au pouvoir depuis 2018. Huit ans plus tard, à quelques mois de l’élection du 5 octobre 2026, c’est l’heure des comptes. Qu’est-ce que la CAQ a livré ? Qu’est-ce qu’elle a raté ? Et surtout, est-ce que les Québécois en ont eu pour leur argent ? On fait le point, sans partisanerie.
La CAQ est arrivée au pouvoir avec un mandat clair : gérer le Québec comme une entreprise, réduire les listes d’attente en santé, investir en éducation et contrôler l’immigration. C’était le parti de la « classe moyenne », de la « fierté québécoise » et du pragmatisme économique. Comme on le documentait dans Le français à Montréal : déclin réel ou panique exagérée ?, les attentes étaient élevées.
Les promesses tenues
Crédit là où le crédit est dû. La maternelle 4 ans, même si elle n’est pas encore universelle, a été déployée dans des centaines d’écoles. Le programme de garderies à 8,50 $ a été élargi. La loi 21 sur la laïcité et la loi 96 sur le français ont été adoptées — deux engagements fondamentaux de la CAQ. Et le salaire minimum a augmenté significativement, passant de 12 $ à 15,75 $ l’heure.
Le bilan économique pré-pandémie était solide : surplus budgétaires, taux de chômage historiquement bas, investissements dans les infrastructures. Le tramway de Québec, après des années de tergiversations, est finalement en construction. Et les baisses d’impôt promises ont été livrées, bien que leur impact réel sur le pouvoir d’achat soit discutable compte tenu de l’inflation.
Les promesses brisées
Le troisième lien entre Québec et Lévis — la promesse phare de 2018 — a été abandonnée sous sa forme originale de tunnel autoroutier. Après des études qui ont démontré un rapport coûts-bénéfices désastreux, le projet a été réduit à un tunnel de transport en commun, puis essentiellement mis sur pause. Pour les électeurs de la Rive-Sud de Québec qui avaient voté CAQ sur cette base, c’est une trahison. L’analyse de ce revirement est détaillée dans Immigration au Québec : les positions des partis pour 2026.
L’immigration est l’autre dossier où la CAQ a sous-performé par rapport à ses promesses. Le gouvernement s’était engagé à réduire les seuils d’immigration et à mieux sélectionner les immigrants en fonction des besoins du marché du travail. Dans les faits, l’immigration temporaire a explosé sous leur mandat — travailleurs étrangers temporaires, étudiants internationaux, demandeurs d’asile — créant une pression énorme sur le logement, les services publics et la francisation.
La santé : le grand échec ?
C’est probablement le dossier le plus décevant. Malgré des investissements massifs et des réformes organisationnelles, le système de santé québécois reste en crise. Les urgences débordent, les délais en chirurgie sont excessifs, et plus d’un million de Québécois n’ont pas de médecin de famille. La pandémie de COVID-19 a certes compliqué les choses, mais le ministre de la Santé Christian Dubé a lui-même admis que le réseau était « brisé » bien avant le virus.
Le projet de loi de « refondation » du système de santé, adopté en 2023, a créé Santé Québec — une société d’État qui gère le réseau à distance du politique. C’est une réforme structurelle majeure, mais dont les effets se feront sentir sur des années, pas des mois. Pour les patients qui attendent 12 heures aux urgences aujourd’hui, ça change rien. C’est un bilan qu’on scrutait dans Le PQ revient de nulle part : comment l’indépendance est redevenue cool.
Le logement : la crise qu’ils n’ont pas vue venir
La crise du logement est devenue le boulet de la CAQ. Pendant leurs premières années au pouvoir, le gouvernement a sous-estimé l’ampleur du problème. Les programmes de logement social et abordable ont été sous-financés, les mises en chantier n’ont pas suivi la croissance démographique, et la réglementation des loyers est restée insuffisante pour protéger les locataires.
En 2026, le taux d’inoccupation à Montréal est de 1,5 %, bien en dessous du seuil d’équilibre de 3 %. Les loyers moyens ont augmenté de 30 % en cinq ans. Et la construction de logements sociaux est à un niveau historiquement bas. La CAQ a lancé des programmes d’urgence en 2024-2025, mais pour beaucoup de familles, c’est trop peu, trop tard.
L’éducation : des avancées réelles
C’est peut-être le secteur où la CAQ a le mieux performé. L’investissement dans les infrastructures scolaires — rénovation de centaines d’écoles, construction de nouvelles écoles, climatisation des classes — a été substantiel. Le programme de tutorat post-pandémie a aidé des dizaines de milliers d’élèves à rattraper leur retard. Et la revalorisation salariale des enseignants, bien que tardive, a été significative après les négociations de 2024. L’impact éducatif est couvert dans Québec solidaire peut-il vraiment gagner en 2026 ? Analyse des chances.
Le verdict des urnes
Le bilan de la CAQ est mixte — comme celui de la plupart des gouvernements qui restent longtemps au pouvoir. Des réalisations réelles en éducation et en économie, des échecs significatifs en santé et en logement, et des promesses brisées qui ont érodé la confiance. La question pour les électeurs en octobre n’est pas « est-ce que la CAQ est parfaite ? » — évidemment pas — mais plutôt « est-ce que les alternatives sont meilleures ? »
Le PQ, le PLQ et QS offrent chacun des visions différentes pour le Québec. C’est aux électeurs de décider si la CAQ mérite un troisième mandat ou si c’est le temps de passer à autre chose. Et si tu veux suivre la campagne de près, La crise du logement au Québec : les partis ont-ils de vraies solutions? sera là tout au long de l’automne.
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