La pandémie a provoqué un engouement massif pour le plein air au Québec. Les sentiers de randonnée ont été pris d’assaut, les parcs nationaux ont affiché complet pendant des semaines entières, et les réservations de camping sont devenues aussi compétitives qu’acheter des billets de concert. Le problème, c’est que cette popularité met une pression énorme sur des écosystèmes fragiles et soulève des questions d’accessibilité.
La surfréquentation des parcs nationaux
La Sépaq gère 24 parcs nationaux au Québec, et la plupart font face à une fréquentation record. Le parc national du Mont-Tremblant, le parc de la Jacques-Cartier et le parc des Hautes-Gorges de la Rivière-Malbaie sont tellement populaires que la Sépaq a dû instaurer un système de réservation obligatoire pour limiter le nombre de visiteurs quotidiens. C’est une mesure nécessaire mais frustrante pour les randonneurs qui veulent profiter de la nature de manière spontanée.
Les sentiers les plus populaires montrent des signes d’érosion avancée. Les bas-côtés sont piétinés par des marcheurs qui s’écartent des sentiers, les déchets s’accumulent malgré les campagnes de sensibilisation, et la faune est perturbée par le bruit et la présence humaine constante. C’est un paradoxe que d’autres secteurs touristiques connaissent aussi : trop d’amour peut tuer ce qu’on aime.
L’accès à la nature : une question d’équité
Avoir accès à la nature ne devrait pas être un privilège, mais dans les faits, c’est souvent le cas. Les parcs nationaux exigent des frais d’entrée (parfois 10$ par adulte), l’équipement de randonnée coûte cher, et se rendre dans un parc sans voiture est pratiquement impossible. Pour une famille montréalaise à faible revenu, une journée de randonnée au mont Tremblant représente un investissement significatif en essence, en droits d’accès et en équipement.
Des initiatives comme la journée d’accès gratuit aux parcs nationaux et les programmes de prêt d’équipement dans les bibliothèques tentent de démocratiser l’accès au plein air. Montréal a aussi ses espaces verts urbains accessibles gratuitement, mais la qualité de l’expérience n’est pas comparable à celle d’un parc national.
Le problème du stationnement et du transport
Un des goulots d’étranglement les plus concrets, c’est le stationnement. Les stationnements des parcs populaires se remplissent tôt le matin, forcçant les retardataires à rebrousser chemin. Le transport en commun vers les parcs est quasi inexistant, sauf pour quelques initiatives ponctuelles. Un service de navettes depuis les centres urbains vers les parcs les plus fréquentés résoudrait une partie du problème tout en réduisant les émissions de GES.
Certains pays européens, comme la Suisse et l’Autriche, ont des réseaux de transport public qui desservent les zones de randonnée de manière efficace. Au Québec, la géographie et la faible densité rendent la chose plus complexe, mais pas impossible. Des circuits d’autobus saisonniers depuis Montréal ou Québec vers les parcs populaires pourraient fonctionner avec un investissement raisonnable.
Découvrir le Québec autrement
La solution à la surfréquentation passe aussi par la découverte de sites moins connus. Le Québec regorge de sentiers et de parcs régionaux magnifiques qui ne font pas les manchettes Instagram. Les ZEC (zones d’exploitation contrôlée), les réserves fauniques et les terres publiques offrent des expériences de plein air à une fraction de la fréquentation des parcs nationaux.
Encourager les visiteurs à diversifier leurs destinations, c’est aussi distribuer les retombées économiques dans des régions qui en ont besoin. Un randonneur qui découvre le parc régional du Massif du Sud plutôt que le Mont-Tremblant dépense son argent dans une communauté rurale qui en bénéficie directement. C’est une dynamique qu’on gagne tous à encourager, et qui rejoint les efforts de développement régional dont le Québec a tant besoin.